The Wrestler - Le test blu-ray

Publié le 2009-12-01 20:08:47 par Jeremy
Pochette du film The Wrestler
  • Note HD Avis 8.5/10
  • Note Vidéo 8/10
  • Note Audio 8/10
  • Note Bonus 6/10
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Je ne sais pas pour vous, mais moi, à chaque fois que Darren Aronofski sort un film, premièrement c?est une grande claque, et deuxièmement, il explore une nouvelle facette de SON cinéma.
Prenons Pi, sorti en 1998, pour certains c?est une bouse sans nom, pour d?autres (dont moi) c?est un chef-d??uvre. Puis Requiem For a Dream (2000), qui a mis tout le monde d?accord : c?est un chef d??uvre, et si vous ne l?avez pas vu, courrez vous procurer ce film. The Fountain en 2006, mélodrame exceptionnel qui nous parlait de l'amour par delà la mort. Et enfin, The Wrestler.
Je connais plusieurs personnes qui ont, soit trouvé ce film ennuyeux, soit trouvé ça trop triste, nihiliste, sans optimisme aucun, ce qui joue sur le moral. Pour le côté optimisme zéro, je suis bien d?accord, mais pour le reste, je dois vous avouer qu?il m?a fallu un peu de temps après la fin du film pour m?en remettre, mais ce n'est pas ennuyeux.

Ce film est une histoire de sensations, certains ne ressentiront absolument rien, et d?autres seront bouleversés, tout comme je l?ai été.


Une Mise en place difficile

Darren Aronofski a rencontré des difficultés à lancer son film. En même temps, un film sur un catcheur has been, c?est le blockbuster type dont est friand l?Américain moyen? Du coup, après avoir rassemblé une petite somme, Darren sût que ce n?était pas la peine de chercher plus longtemps, car son film n?intéressait personne. Le pitch tient sur un demi-confetti : un catcheur has been en quête de rédemption continue à faire des combats dans des salles des fêtes, a une liaison étrange avec une stripteaseuse, et tente de renouer des liens avec sa fille junkie. Le tournage lui-même est particulier puisqu?il ne s?est étalé que sur 35 jours !! Un record pour un long métrage !! Certains court-métrages mettent plus de temps à être tournés !!


Documenteur ou Film ?

Mais là, où Aronofski fait très fort, c?est sur ce côté documentaire sobre qu?a le film. A la direction de la Photographie, nous retrouvons Maryse Alberti déjà au même poste sur le méconnu et pourtant fabuleux Velvet Goldmine, mais aussi sur l'énorme When We Were Kings. Pas n?importe qui, quoi?.
En plus de cela, nous suivons les déambulations de ce catcheur has been, un peu bête, un peu raté, et le réalisateur choisit de nous le montrer souvent de dos. Curieux au début, mais loin d?être désagréable, car cela renforce le côté documentaire. Donc exit les effets de style, un peu tapageurs. Ici, on suit, on poursuit, on assiste à une tranche de vie.


Un Casting, une rédemption, le rôle d'une vie

Le casting de son catcheur fût aussi peu évident. En effet, la production voulait Nicolas Cage qui avait même commencé à se renseigner sur le monde du catch. Mais le réalisateur ne l?entendait pas de cette oreille. Du coup, il s?est tourné vers Mickey Rourke (grand bien lui en a pris, parce que Cage en catcheur? le film serait devenu un sketch des Robin des Bois, non ?).
Au final, il gagne la bataille, et Rourke, réputé pour être invivable, est pris. Aronofski ira jusqu?à installer un ring de catch/salle de musculation dans son bureau, pour l?entrainement de Mickey "Angel Heart" Rourke, qui dût prendre 20 Kilos pour le film !! Aronofski sera autoritaire envers cet acteur déchu. En effet, voici ce que le réalisateur a dit à Rourke (d'après lui) :

"Tu es un grand acteur qui a bousillé sa carrière et que plus personne ne veut engager. Tu feras tout ce que je te dis, tu ne me manqueras pas de respect et tu ne sortiras pas la nuit." Je me suis dit : il doit avoir beaucoup de talent pour oser me parler sur ce ton. Mon personnage est un laissé-pour-compte, vivant dans un mobile-home. Sa femme l'a quitté, sa fille est devenue une junkie. C'est un rêveur qui vit comme une merde. Il vit dans la honte. J'ai fait le parallèle avec ma propre vie il y a 15 ans où les choses n'ont pas très bien marché (...) Darren Aronofsky m'offre une vraie seconde chance. Cette fois, je ne peux pas la manquer. Je vais leur montrer, à ces enfoirés, que je ne suis pas fini ! "

Le casting est composé de Marisa Tomei dans le rôle de la stripteaseuse, et déjà vu dans Ce que pensent les femmes. Mais aussi Rachel Evan Wood dans le rôle de la fille du « Bélier » (le nom de catcheur de Rourke dans le film). Elle a pu être vue dans Accross the Universe (le rôle titre), ou encore dans deux épisodes de la seconde saison de True Blood. Les autres acteurs (les vrais hein), sont des têtes plus ou moins connues comme Mark Margolis (qui joue le logeur du Bélier), et que l?on avait déjà vu dans Requiem for a Dream (et dans tous les autres métrages de Darren Aronofski), mais aussi récemment dans l?indépendant et indispensable Jack Ketchum?s Girl Next Door (attention âmes sensibles s?abstenir pour le film comme pour le livre).
Enfin, les autres acteurs sont en fait de vrais catcheurs. Je ne vous énumérerai pas les noms, car, sauf si vous êtes fan de ce sportacle (mélange de sport et de spectacle ?néologisme inventé par votre serviteur), ces noms ne vous diront rien?

Sachez que The Wrestler est le premier film de Darren Aronofski dont le scénario n?est pas de lui. En effet, le scénario provient de Robert D. Siegel, ancien rédacteur en chef de The Onion, journal satirique américain. Ce scénario lui a même permis de se faire un nom et a pu réaliser Big Fan, présent au festival de Sundance, se déroulant dans l?univers du football américain?


Mais alors de quoi ça parle ?

ATTENTION SPOIL (ce n'est pas très joli, certes, mais ainsi, l'essentiel du film ne vous sera pas dévoilé...)

L?histoire, comme je le disais plus haut, est d?une simplicité déconcertante, mais c?était sans compter sur le talent de Darren Aronofski. En effet, Mickey Rourke, alias, Randy « Le Bélier » Robinson est un catcheur des années 80. Son heure de gloire est passée, et il se contente de participer à des exhibitions minables dans des salles des fêtes, de villes paumées des Etats-Unis (Avant de voir le film, je m?attendais au soleil californien, mais pas du tout, le film se déroule dans le nord des Etats Unis, il y fait donc gris, il neige, il fait froid).

Après un de ces combats ultra calculés (une scène nous montre les catcheurs devant « se battre » élaborer une tactique, pour le show), Randy fait un infarctus. La scène est plus vraie que nature, et fait froid dans le dos. Il est opéré, et doit reprendre sa vie en sachant qu?un nouveau combat pourrait lui être fatal. On le voit alors chercher un nouveau job (boucher dans un supermarché), et tenter de renouer des liens avec sa fille junkie.
Les passages de confrontations entre père et fille sont durs, car Randy, alors au sommet de sa gloire, ne s?occupait pas d?elle? Elle éprouve une énorme ranc?ur envers son père, et les dialogues sont très?. "Verts" !!


Mais la séquence qui m?a ému (cherchez pas je dois pas être foutu comme tout le monde), c?est une séance dédicace. Les catcheurs sont assis, et attendent les fans qui viennent leur demander un autographe (payants bien sûr). Et là, le Bélier a une sorte de prise de conscience, il regarde ces catcheurs sur le retour, en chaise roulante, ou avec une poche remplaçant la vessie, bref des hommes vieillissants mais mal. Et dans le regard de Mickey Rourke, on sent qu?il se dit : "Mon Dieu, mais on est des vrais ratés". Magnifique.

Tout le film s?évertue à nous montrer, en plus de la rédemption recherchée par Randy Robinson, qu?un sportif de haut niveau, peut difficilement se recycler une fois sa carrière terminée, même si celle-ci fût longue. C?est triste, et c?est pour ça que ces catcheurs finissent dans ces salles minables, entourés de quelques péquins absolument fans.

Le Bélier tentera également d?approfondir sa relation avec la stripteaseuse, mais au final, il ne peut vivre sans l?acclamation de ses fans. Alors au diable les recommandations du médecin, il montera sur le ring une dernière fois?.

Cette séquence est absolument géniale. Le Bélier doit se battre contre son ennemi juré (de l?époque) : l?Ayatollah. Ce dernier est déjà sur le ring, et tout le monde attend Mickey Rourke. Il arrive sur les accords de guitare du Sweet Child?O?Mine de Guns?N?Roses. Magique !! Randy est là où il est sensé se trouver (à ses yeux) : sur le ring, acclamé par la foule, entonnant le refrain de cette chanson, avant que le combat ne commence. Sincèrement cette séquence est à tomber, et on se surprend à avoir la chair de poule?

La fin du film est abrupte comme s?il manquait une bobine. En effet, tout se termine net, sans prévenir. C?est dur mais c?est aussi une forme de pudeur. Un peu comme si le réalisateur respectait son catcheur, et ne voulait plus que ce dernier soit ridiculisé?



Bah, et la musique ?

Le réalisateur confie une fois de plus, la musique de son film à Clint Mansell, mais celle-ci est très discrète. Par contre, le rock des années 80 & 90 y est omniprésent ! Une bonne bande son, qui correspond parfaitement à l?esprit has been, pas complètement passé, mais bien démodé. Mais quand Sweet Child?O?Mine démarre, on sent que le réalisateur aime ce morceau (même si c?est Rourke qui a personnellement contacté Axl Rose, un ami, et qui a autorisé l?utilisation de la chanson gratuitement !), et fait tout pour que la chanson soit mise en valeur, l?acteur principal, tout quoi? Le générique de fin est grandiose, sur un morceau de Bruce Springteen, ami personnel de Mickey Rourke, spécialement composé pour le métrage. Voilà qui fait un joli contraste, mais aussi quelque part, un rappel, avec le morceau de Bowie à la fin de The Fountain? Fabuleuse sélection musicale, collant aux images crasseuses du film?


Conclusion

Pas besoin de vous faire un dessin, ce film m?a retourné !! C?est bien le genre de film qu?il faut digérer, le propos étant si triste, et le film étant si sérieux, qu?on ne peut terminer ce film et enchainer sur une comédie. Il faut un temps pour reprendre ses esprits !! Et que dire de l?interprétation de Mickey Rourke ? C?est simple, le film peut paraitre quelque peu autobiographique, tant le personnage d?ange déchu (le blond, bronzé, musclé, pour le côté ange, has been, à moitié sourd, incapable d'avoir une relation père-fille normale pour le côté déchu), qui fait un peu, vieille pute décrépie (les cheveux filasses et sales, la dégaine limite SDF) ressemble à Mickey Rourke, abandonné par Hollywood, obligé de remette les gants pour ne pas se retrouver sur la paille (à noter, qu?il a commencé comme boxeur, et non comme acteur, et qu?il s?entrainait dans la même salle que Mohamed Ali quand même). Pour faire simple, Mickey Rourke délivre ici la performance de sa carrière, et obtient le rôle de sa vie. En effet, ses dernières apparitions (Sin City par exemple) montraient que le meilleur restait à venir, et c?est chose faite !! Une prestation grandiose, pour un film qui ne l?est pas moins !!
Le coup de c?ur de mes dernières découvertes ! Je suis persuadé que le film n?aura pas le succès qu?il mérite en vidéo, car le propos n?est pas très vendeur, et premièrement les spectateurs passeront à côté de quelque chose, et deuxièmement, justice ne sera pas rendue à tel film.


De nombreuses victoires

Le film fût nominé aux Oscars par deux fois : Meilleur Acteur pour Mickey Rourke, et finalement gagné par Sean Penn pour Harvey Milk, et meilleure second rôle féminin pour Marisa Tomei, remporté par Pénélope Cruz dans Vicky Cristina Barcelona. Mais le film remporta quand même le Golden Globe du meilleur acteur pour Rourke, et celui de la meilleure chanson pour celle de Bruce Springsteen.
Enfin, le film est reparti grand gagnant de la 65ème Mostra de Venise, avec le prestigieux Lion d'Or récompensant le meilleur film. A noter que le président du jury Wim Wenders a précisé que Mickey Rourke aurait remporté le prix du meilleur acteur si le règlement du festival n'avait pas stipulé qu'un film ne pouvait être récompensé deux fois.
The Wrestler (et Mickey Rourke aussi) a remporté de nombreuses récompenses de par le monde, dans les différentes cérémonies où le métrage était présenté.
La première chose que je me dois de vous rappeler, est que ce film est un film dit indépendant, et donc doté d'un budget limité. Mais ce qui est sûr, c'est que ce Blu-ray respecte les volontés du directeur de la photographie Maryse Alberti. Le grain y est abondant mais loin d'être désagréable, au contraire !! N'oublions pas que ce film fût tourné en 16mm, et en Digital, donc il ne fallait pas s'attendre à autre chose qu'à un aspect granuleux. Du coup certains détails sont masqués par ces brouettes de grain, mais je vous le dis: au bout d'un quart d'heure, le grain en devient agréable, et on prend plaisir à regarder un film plus underground que les blockbusters lissés auxquels nous sommes habitués. Alors certes, la différence avec un DVD est moins flagrante que sur d'autres titres, mais les couleurs ont un éclat certain. Un plaisir pour les yeux d'assister à quelque chose de moins propre que les traditionnels blockbusters aseptisés.
Deux versions audio sur ce Blu-ray: une VO DTS HD Master Audio, et une VF DTS HD Master Audio. La VF est plus dynamique que la VO, mais les dialogues y sont moins bien restitués. La VO quand à elle, est bien supérieure au niveau des dialogues donc, mais surtout d'un point de vue artistique, les véritables voix y étant plus naturelles (normal vous me direz), mais c'est vrai !! La différence est énorme. La voix française de Mickey Rourke fait, dans ce film, un peu trop jeune, et un peu trop énergique comparé au ton désabusé (et mieux restitué) en VO. Les enceintes arrières ne seront pas mises de côté, dans les pistes sonores, car les bruits d'ambiance sont omniprésents (que ce soit dans les boites de striptease ou lors des combats, et le brouhaha du public est enveloppant au point de se sentir dans le match! Deux superbes pistes que Warner nous offre. Un régal, sans être LA référence !!
Presque pas de bonus, mais de qualité! Le tout laisse un arrière goût de trop peu, mais faut bien faire avec ce que l'on a, même si j'aurais adoré pouvoir écouter un commentaire audio du réalisateur...(d'où le 6/10), parce si le making of proposé est vraiment excellent, il est le seul bonus du disque...
  • Making Of : Mon dieu !! Un making of à tomber de son fauteuil !! Ce documentaire est aux antipodes de ce que l'on a l'habitude de voir dans un Blu-ray (ou un DVD). Pas de promo, que du vécu (et pas forcément bien vécu). En effet, le début du reportage aborde les problèmes du réalisateur pour financer le film, et au fait qu'il ait dû faire avec ce qu'il avait. Ensuite nous passons au tournage en lui même. Préparation, lieux de tournage, tout y passe. Y compris la volonté du réalisateur d'attaquer son tournage sans story-board afin de rester ouvert à tout. On le voit provoquer (ya pas d'autres mots) ses acteurs, repoussant leurs limites pour obtenir le meilleur d'eux, ce qui fût mouvementé, au vu du caractère de chacun ! Je regrette que Rourke n'y ait pas participé. Ca aurait été un plus, mais malgré tout, c'est passionnant, et est sans doute l'un des plus vrais que j'ai pu voir. On ne veut pas nous mentir dans ce reportage, et ça fait plaisir de voir que pour une fois, on ne se fout pas de nous! (42'13" - SD Upscalée - VOSTF - DD 2.0)
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Commentaires

29/03/2012 09:59
JE l'ai regardé hier soir c'est une tuerie ce film, finalement j'ai eu l'impression de voir un documentaire sur le catch, Rourke joue à merveille son rôle