Sucker Punch - Le test blu-ray
Publié le 2011-10-05 14:21:34 par Remy
8.5/10
9.5/10
9.5/10
5.5/10
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Le Blu-Ray testé ici provient de la version UK. Rien d'alarmant pour autant puisque toutes les versions sont identiques.
Attention si vous n'avez pas vu le film, je spoil méchant à certains moments. Vous voilà prévenus.
Il y a des réalisateurs qui,dès qu'ils lancent l'idée d'un projet, ou de manière générale, dès qu'ils l'ouvrent un peu,sont suivis par toute une communauté qui s'agite dans tous les sens du terme. Certains cultivent ce goût pour faire bouger l'excitomètre des gens qui les suivent mais également de ceux qui peuvent avoir une aversion pour ces réalisateurs en question.
Spielberg est quelqu'un de ce type. Son dernier film en date, Tintin (qu'on attend tous ici comme des gamines faisant la queue pour un concert des Jonas Bros) suscitent autant d'intérêt que de commentaires acerbes. Certains spectateurs voient en Spielberg quelqu'un comme un génie mental tandis que d'autres le perçoivent comme une espèce de réalisateur qui n'a jamais rien fait de viable dans sa carrière si ce n'est Duel (j'invente rien, je l'ai lu sur le net).
De nos jours, toute cette agitation autour d'un film est ultra exacerbée grâce, ou à cause selon le point de vue, de la sphère Internet. Chacun y allant de son petit commentaire et pas forcément toujours très argumenté ou ayant un avis relativement objectif. Et comme Internet est un merveilleux monde où tout le monde a toujours quelque chose à dire, il va sans dire que certaines discussions, avis, critiques, lynchages, prennent des proportions gigantesques.
J'ai pris l'exemple de Spielberg mais j'aurai pu également prendre celui de Peter Jackson, John Lasseter (enfin les réalisateurs de chez Pixar en général), Ridley Scott dans une moindre mesure, Fabien Onteniente etc etc. La liste est longue.
Mais depuis quelques années un réalisateur s'est attiré bons nombres de foudres de spectateurs / cinéphiles de tout bord, Zack Snyder.
Faut dire que l'ami Zack arrive en mettant directement les pieds dans le plat comme un vrai sale gosse. Remaker l'excellent Dawn of the Dead de Romero n'est pas forcément la meilleure entrée en matière qui soit dans le monde du cinéma. Je ne vais pas vous reparler du film, vu qu'il a déjà été testé ici, mais à la vision de celui-ci on est loin de l'adage qui dit qu'un remake est forcément une honte, voire carrément un sacrilège. Même si le film a quelques défauts, ça n'en reste pas moins un très bon film et un excellent remake qui ne se limite pas à singer l'original, il prenait sa propre voie à certains moments.
C'est déjà à partir de ce moment là que le bon Zack se fait intégralement démonter par une horde de fans (mais aussi de personnes qui ne connaissent absolument pas l'original mais qui se doivent de faire comme tout le monde. Hype.). 2003 ne propose pas un Internet aussi omniscient que maintenant mais on est quand même loin des débuts et de plus en plus de gens peuvent y accéder et fatalement donner leur avis. Après tout, chacun est libre d'avoir son ressenti sur le sujet mais quand on commence à gentiment casser le film et son réalisateur juste parce qu'il a l'audace de proposer un remake d'un grand film, disons que ça commence à puer un peu.
Mais bon, on va mettre ça sur le compte de l'étonnement et d'un ras-le-bol compréhensif du tout remake que devient le cinéma américain.
Aux alentours de 2006, Snyder lance l'idée d'adapter le très bon comics 300 de Frank Miller au cinéma. Là encore, je n'entrerai pas dans les détails mais encore une fois, le petit Zack s'est pris une énorme volée de bois vert. Sur ce film tout le monde s'est mis à gueuler. Les gens qui se sont sentis bafoués, trahis qu'on leur pique la bande-dessinée qu'ils chérissaient depuis toujours, ceux qui trouvebt que le film n'a rien d'un film, ceux qui pensent que 300 est très loin de l'histoire ou ceux encore (genre la fameuse critique de Libé) qui voient en 300 un brûlot pro-fasciste (et il n'y a pas que Libé, même les américains ont trouvé des points communs avec l'idéologie défendu par un certain Benito).
Alors forcément avant d'entrer dans la salle on s'attend un peu à tout et surtout à trouver ça gênant. Pour ma part il n'en sera rien puisque j'ai vécu 300 comme une véritable soufflante guerrière. Rien de très inédit mais qu'est-ce que ce film était jouissif et épique. Je n'en attendais pas moins. Les personnes qui trouvent que le comics est plus intéressant feraient bien mieux de le relire, Snyder ne change quasiment rien (si ce n'est rien du tout) mais évidemment il y a toujours des super fans pour trouver LE détail qui va leur donner raison. Ou comment prouver qu'on a franchement du temps à perdre.
300 enfonce donc un peu plus Snyder et le met en haut de la liste des réalisateurs à suivre mais à suivre pour mieux descendre et ça n'ira pas en s'arrangeant avec son prochain chantier. Snyder doit avoir des testicules particulièrement énormes pour annoncer que son futur projet sera l'adaptation du mythique Watchmen d'Alan Moore.
Le comics de Moore, réputé inadaptable, a vu quelques réalisateurs de renom qui ont essayé de s'y frotter. Terry Gilliam, Darren Aronosfky ou encore Paul Greengrass avaient été annoncés sur le projet pour mieux s'en retirer et donc laisser le champ libre à Snyder. Les premiers teasers et images tombent, ç'a l'air très intéressant mais surtout laissant planer sur quelque chose de plutôt respectueux. On connaît presque tous le résultat et autant dire que Snyder a relevé le défi haut la main. Bien évidemment, ses détracteurs n'ont pas changé de casaque, même s'ils ont aimé ils ne pourront s'empêcher de dire le contraire, des convictions ça se respecte. Bref, toujours les mêmes délires sur le respect de l'oeuvre, sur le fait que Snyder ne soit qu'un arriviste qui n'a rien compris au cinéma et qu'il a trop de tics de réalisation. Arrivé à ce moment on se dit que le ridicule ne tue vraiment pas, sinon les fameux geeks auraient été vachement diminué.
Pour son quatrième film, Snyder part sur la même base que pour les autres et va prendre comme base quelque chose qui existe déjà, en l'occurrence les écrits de Kathryn Lasky connu sous le titre Les Gardiens de Ga'hoole. Le film n'a pas vraiment fait parler de lui sur l'internet 2.0, disons beaucoup moins que ces prédécesseurs. En même temps des écrits pour gosses ça n'intéresse pas vraiment les gens (et j'ai pas dit geeks).
Voilà donc comment est un peu perçu Zack Snyder. Un peu traître sur les bords mais surtout pas un très bon réalisateur pour une frange de spectateurs mais aussi de journalistes. Après tout, comme dirait ce cher Florent, la liberté de penser appartient à tout le monde.
Puis arrive la nouvelle idée du réalisateur américain et, pour la première fois il ne va pas adapter quelque chose, il va proposer son premier scénario, une histoire qui n'appartient qu'à lui (et à Steve Shibuya aussi, son co-scénariste), Sucker Punch. Cette idée de film ne lui est pas arrivé comme ça du jour au lendemain, il la mijote depuis un petit moment, avant Watchmen en vérité. Il a envie de le faire, il a les idées mais préfère se réserver au film des super-héros tourmentés. Bien lui en a pris puisqu'au vu des très bons scores de celui-ci, la Warner décide derechef de distribuer son projet. Snyder est confiant quant à cette collaboration puisque le studio n'a jamais obligé celui-ci a effectuer quelques coupes que ce soit ou à prendre des décisions qui lui feront abaisser la classification de son film. Pour Sucker Punch, ça sera différent. Snyder visait un résultat final se rapprochant du rated-R mais a dû changer d'idée en cours de route et proposer le PG13 (pas vraiment d'équivalent français, disons que cela correspond à une moyenne entre l'interdiction aux moins de 12 et aux moins de 16) en sacrifiant quelques scènes que l'on retrouve dans ce Blu-Ray. Rien de bien dramatique au final mais on peut se poser la question de savoir si Warner a été frileux parce qu'il s'agissait d'un projet personnel, surtout au vu de ce qu'ils avaient laisser faire pour Watchmen.
Si avec Sucker Punch on va enfin pouvoir avoir un film de Snyder qui ne soit pas une adaptation, on va aussi pouvoir constater à quel point les fameux geeks (terme qui nous fait croire que François Fillon est un fondu d'informatique...Ok François merci...) sont des êtres versatiles et n'ayant aucune honte à retourner leur veste en public.
Faut dire que la communication autour de ce film les a brossé dans le sens du poil. Souvenez-vous de ces images/posters présentant les héroïnes du film. On les voyait partout, sur les blogs, dans les forums ou sur certains sites spécialisés avec, la plupart du temps, des commentaires annonçant quelque chose d'épique mais aussi lorgnant véritablement vers le fantasme ultime que tous les geeks attendaient.
Les mois et les semaines passent et les premières images réelles du film tombent appuyant davantage sur cette fibre fantasmatique. Mais plus l'échéance approche et plus on sait ce dont va parler le film, déjà là, ça commence un peu à flancher.
Il ne s'agit plus d'un délire dans un monde mélangeant différent univers ayant un fond 100% action, la bande-annonce et le synopsis laissent entrevoir une ambiance lorgnant plutôt vers le drame. Drame est peut-être un bien grand mot mais disons qu'il ne s'agira pas du tant attendu délire où tout semble permis, enfin du moins pas dans l'idée que l'on s'en faisait au départ.
L'histoire de Sucker Punch est la suivante : Suite à la mort de sa mère, une jeune fille de 20 ans va commettre l'irréparable. Après ces évènements elle va se voir interner dans un établissement psychiatrique où le pire l'attend. Pour faire face à cela, elle va s'inventer une vie/un monde où elle est la meneuse d'un groupe de filles qui va se donner pour mission de s'évader de cet endroit sordide.
Voilà pour le pitch du film. Comme je le disais, on est bien loin des premières idées que l'on se faisait sur le film, pour autant Sucker Punch n'a rien d'un drame auteurisant, on est chez Snyder tout de même. Lui avait l'idée de faire un film avec un véritable sens mais où les personnages pourraient avoir des « pouvoirs » leur permettant de défier les lois de la physique.
Et c'est exactement ce que l'on va retrouver dans ce film. Pendant la première demie-heure on est en présence d'un film et d'un déroulement très classiques.
La jeune fille de 20 ans (qui n'a pas de nom dans le monde réel) est donc internée à la suite d'un double événement traumatisant. Le premier est la mort de sa mère, qui aura pour conséquence de dévoiler les réelles intentions d'un beau-père déçu de ne pas se retrouver sur le testament. S'ensuit alors le deuxième événement traumatisant, celui où la jeune fille va tuer sa propre sœur par dommage collatéral. C'est du pain béni pour le beau-père qui va pouvoir profiter de cette situation pour l'enfermer dans un asile psychiatrique, lui laissant le champ libre pour vaquer à ses occupations testamentaires.
Cette introduction, intégralement calquée sur les paroles de la chanson Sweet Dreams de Eurythmics, ne comporte aucune parole, aucune voix. Le seul son que l'on entendra (outre la chanson) sera celui des différents objets présent lors de cette séquence. Avec celle-ci, Snyder nous informe déjà qu'on se trouve dans un monde déshumanisé, vidé de tous sentiments rassurants. Sensation qui sera appuyée par l'arrivée dans le fameux asile. C'est ici que les premières paroles seront entendues comme pour mieux nous balancer à la tronche que l'asile est le dernier lieu humain où séjournera la jeune fille. Véritablement glaçant et quand même un brin sombre.
Le film va donc se dérouler de façon très classique pendant une bonne trentaine de minutes. La jeune fille va découvrir les lieux où elle séjournera, les autres patientes mais aussi les composantes du corps médical. Une façon facile de nous faire entrer dans ce monde mais néanmoins efficace. On ne perd pas de temps à nous expliquer l'architecture des lieux, ni comment les personnages sont arrivés là. Tout s'enchaîne très vite mais pas de façon maladroite pour autant. C'est clair et concis, on sait très bien où l'on va et comment on y va.
Puis à la suite d'un troisième événement déclencheur (qui sera le pourquoi de sa présence dans cet asile), la jeune fille va basculer, et nous avec, dans un monde qui semble être identique tout en étant sensiblement différent de celui que l'on nous a fait découvrir une demie-heure durant.
En lieu et place d'un asile psychiatrique on va être plongé dans un cabaret/bordel. Les patientes deviendront des danseuses qui feront un peu plus que danser et le corps médical sera celui qui organisera la vie dudit bordel.
Rien de bien compliqué en somme, on prend les mêmes personnages mais on leur applique des fonctions différentes. L'infirmier salopard et manipulateur sera un tenancier salopard et manipulateur, la psychiatre prévenante et compréhensive sera une « prof » de danse prévenante et compréhensive etc etc. On passe d'une ambiance très froide, aux tons glauques (la couleur), on a la sensation d'être perdu parce ce qu'il y a un changement radical de décor et d'ambiance mais mis à part les couleurs plus chaudes, on est en face de la même histoire, des mêmes lieux et des mêmes personnages.
Alors pourquoi avoir utilisé ce procédé de changement d'univers si c'est pour proposer, finalement, la même chose.
C'est justement là où ça devient intéressant à mon sens puisque le délire qu'est en train de vivre la jeune fille s'est en fait déjà déroulé dans le monde réel et n'a apparemment rien d'extraordinaire mais ce changement de ton à 360 degrés va permettre de plus facilement faire passer la pilule du délire et de pouvoir lui apporter une touche de fantastique, de romance, d'aventures, bref d'ajouter du délire au délire et c'est là où on entre dans ce que tout le monde a attendu avec l'annonce de Sucker Punch.
Dans ce nouveau monde, la jeune fille va également s'évader dans un monde où elle a le parfait contrôle. Dis comme ça, ça peut paraître très compliqué mais en fait pas du tout puisque si on réfléchit deux minutes, des « mondes », il n'y en a que deux. Celui réel où les murs sont décrépis, gris, sales et le monde de l'imaginaire où les personnages sont autorisés à toutes les actions possibles et où côtoyer des robots samuraïs avec des Gatling n'a rien de choquant. Le monde du cabaret n'en étant finalement pas un, il n'est là que pour faciliter l'accès au monde imaginaire. Comme une espèce d'anti-chambre ou de sas où les repères seront nommés différemments mais où ils auront finalement la même fonction.
A expliquer c'est plutôt compliqué mais en action c'est très limpide et finalement offre au film une facilité de compréhension. Rien de très difficile à piger, il ne s'agit pas d'un scénario à remonter, à replacer les éléments comme il faut pour le comprendre. Non tout ça est très linéaire finalement. On n'est jamais dérouté par les différents changements, ça se fait de façon claire et logique.
Bien évidemment, beaucoup de gens ont gueulé, y compris les fameux geeks. C'est pas clair, ça s'enchaîne pas bien et pis de toutes façons c'est nul. J'exagère mais l'idée est là, ce qui est retenu de Sucker Punch est bien plus les scènes d'actions que tout le reste et comme le film forme un tout, il est logique que des gens ont été perdus, se sont sentis bafoués ou que sais-je. Pourtant, il ne faut pas être un fin enquêteur pour comprendre les tenants et aboutissants de ce film. On est en présence d'une fille qui va se faire charcler le cerveau et pour éviter de trop penser à la vie de merde qui l'attend, elle va s'évader dans un monde qu'elle va pouvoir contrôler comme elle l'entend et où elle pourra faire ce qu'elle veut, y compris voler un sabre à la main. D'autant qu'en plus ces évasions dans son monde ne seront pas gratuites, elle auront un véritable sens puisqu'elles seront les adaptations visuelles fantasmées des quêtes dont elle a hérité. Quêtes qui lui offriront, une fois terminées, l'accès à quelque chose qui lui permettra de mettre à exécution son évasion de l'asile psychiatrique dans le monde réel.
Je suis d'accord pour dire que le tout peut paraître sans lien, sans réel fond ou totalement gratuit mais je le répète, il ne faut pas en attendre grand chose côté histoire mais ce n'est pas pour autant qu'il n'y a rien dans ce film. De toutes façons, les films où les personnages partent en carafe laissent indubitablement du monde sur le bas-côté. Les délires sont par extension des choses bien personnelles, presque hermétiques, logique donc de ne pas se sentir concerné par ce qu'est en train de vivre la jeune fille. Ca je le comprends tout à fait mais qu'on vienne me dire que finalement c'est une longue cinématique de jeu-vidéo où il ne se passe pas grand chose mis à part des explosions, je suis pas franchement d'accord. Mais le débat est ouvert.
En parlant de jeu-vidéo, je reste persuadé que l'influence majeure de Snyder a été le média numérique qui a le plus évolué au cours des 15 dernières années. Le film baigne dans une culture geek (les mêmes qui descendent Snyder) évidente, ça il ne faut pas avoir lu tous les IG Magazine pour le comprendre mais là où ça se complique un peu, au niveau influence, c'est dans la forme du film. Chaque séquence où la jeune fille va fantasmer une mission, s'accompagne d'un monde différent à chaque fois où l'une de ses amies aura une plus forte importance que les autres avec une musique différente également et où cela se terminera par un espèce de boss de fin de niveau à battre pour gagner l'objet de la quête (au passage le dragon est juste somptueux). Comment ne pas y voir là, l'application d'une formule qui fonctionne dans certains jeux-vidéos, un monde, une musique, un personnage, un boss ?
Rien que les objets qu'elle doit trouver dans chacune de ses quêtes (Clé, Couteau, Feu, Carte) a un rapport. Et c'est loin d'être une lubie de ma part. Prenez le tout premier dialogue, celui qui commence alors que l'on aperçoit encore le logo de la Warner. C'est la psychiatre qui parle et elle explique que chacune des personnes a un gardien qui veille, qu'il a une forme différente à chaque fois mais que l'habit ne fait pas le moine et qu'ils peuvent faire preuve d'une grande force mais qu'ils ne sont pas là pour se battre à leur place mais qu'ils ont des rôles de souffleurs (comme au théâtre) pour rappeler à ces personnes que ce sont elles qui détiennent le pouvoir dans les mondes qu'elles créent.
Où comment nous expliquer en quelques phrases le rapport joueur / personnage de jeu-vidéo et inversement ? Vous pouvez aussi me dire que j'ai trop abusé sur la caféine mais le film est blindé de références au milieu du jeu-vidéo.
Il y a un certain vocabulaire digne des jeux de combats (Defend yoursel, Now Fight...), les mondes que le groupe de jeunes filles visiteront auront déjà été vu de nombreuses fois dans des jeux, on pourrait même y voir l'application de plusieurs types de jeux (le MMO pour la troisième mission, celle dans le château) et même les noms des personnages sonneront comme des pseudos déjà croisés lors de parties online (SweetPea, BabyDoll, Blue, High Roller, Rocket...d'ailleurs on ne connaîtra jamais les vrais noms des protagonistes) et que dire de ce dernier monologue balancé par SweetPea où elle se demande qui les conduit à agir de la sorte, à les féliciter lorsqu'elles survivent à des trucs impossibles, qui leur dicte les pas à suivre, qui leur dit ce qu'il faut faire. Une phrase qui vient se placer comme écho à l'entrée en matière du film. Comme pour en proposer une réponse.
Pour ma part c'est plus que clair, d'autant que Zack Snyder a annoncé avoir voulu faire un film ayant pour thème le sexisme dans la culture geek et quoi de mieux pour en parler que le jeu-vidéo, milieu où la femme a longtemps été traité comme objet ?
Personnellement, je suis intimement convaincu que Snyder a voulu appliquer le déroulement d'un jeu-vidéo à son film, il y a trop de points communs pour que cela soit juste une coïncidence.
Niveau influence on pourrait également parler des contes et en particulier Alice aux pays des merveilles. C'est peut-être moins évident, selon moi, dans ce cas là mais certaines scènes appuient ce côté du « que se passe t-il de l'autre côté du miroir ? ».
Quoi qu'il en soit, le film de Snyder n'a rien de l'objet beau mais creux que certains ont bien voulu vendre.
Par contre et même si j'ai fortement apprécié le délire de Snyder, je n'ai pas été très convaincu par certains points. Celui qui est le plus frappant et qui commence à être un tic gênant chez le réalisateur, c'est cette manie de toujours mettre du ralenti partout. Autant sur 300 j'ai trouvé que ça fonctionnait très bien et c'était assez parcimonieux, autant ici c'est parfois un peu trop et je peux comprendre que certains spectateurs passent à côté de certaines séquences, ne se sentent pas concernés. En disant ça je pense à la séquence du train, quasiment filmée en ralenti. Je n'ai pas été gêné, puisque je pense que ça fait partie du délire dans le monde dans lequel se trouve le groupe à ce moment et j'ai même trouvé ça plutôt bien vu puisqu'on sait pertinemment comment la scène va se finir, autant ajouter un minimum de tension avec le ralenti. Mais tout le monde ne pensera pas pareil et je sais qu'il y en a qui ont trouvé ça ridicule, on ne peut pas leur donner tout à fait tort.
Moi ce qui me gêne à ce niveau, c'est qu'il commence à l'utiliser pour n'importe quoi. Autant pour cette scène ça peut passer, autant quand c'est pour montrer une porte qui ferme au ralenti ou un bouton qui tombe, ça commence à être limite. Mais après tout, il fait ce qu'il veut, même si c'est naze.
Tout comme l'utilisation de la musique. Snyder a toujours eu un goût prononcé pour la musique et une utilisation à propos.
Ici c'est peut-être un poil trop appuyé et ce dès le début. J'aime beaucoup Sweet Dreams et Where is my mind mais je commence à me demander si c'est pas un peu clicheton de les intégrer dans des films de ce genre. Il y en a tant d'autres qui auraient pu fonctionner et surtout des moins reconnus. Là on sait directement que le terrain est balisé. Dommage mais malgré tout les musiques sont agréables à entendre, juste qu'elles ne sont pas forcément très bien choisies (on ne peut pas toujours avoir le bon goût de choisir Johnny Cash).
Une autre caractéristique de Zack Snyder, c'est qu'il ne s'emmerde pas à essayer d'avoir un casting super vendeur. Pas de nom très reconnus au casting.
On pourra donc compter sur la présence d'Emily Browning (Ned Kelly...) qui incarne la jeune fille prenommée BabyDoll, Abbie Cornish (Bright Star...) incarnera la jolie Sweet Pea, Jena Malone (Donnie Darko...) sera la pétillante Rocket, Vanessa Hudgens (High School Musical...), loin de l'image qu'on lui connait, prêtera ses traits à la pulpeuse Blondie, Jamie Chung (Dragon Ball Evolution...) quant à elle, sera Amber. Les autres personnages seront campés par Carla Gugino (Watchmen...), Oscaar Isaac (Agora...) à qui on aura envie de mettre de grosses tartes, sur Jon Hamm (The Town...) ou encore le bien classe Scott Glenn (Silverado...).
Avec Sucker Punch, Zack Snyder ne nous propose pas son meilleur film (l'adaptation de Watchmen restant très fortement en tête pour ma part) mais il a su montrer qu'il savait aussi faire un long-métrage sans pour autant compter sur un quelconque matériau déjà pré-existant. Son scénario n'est pas le plus extraordinaire, ni le plus inventif du cinéma mais on sent derrière tout ça une certaine générosité mais surtout une vraie sincérité.
Bien sûr le film s'est fait vilipender un peu partout sur Terre que ce soit côté journaliste ou côté geek. Si pour les uns ça peut se comprendre pour les autres va peut-être falloir qu'ils revoient leur façon de penser pour certains points et apporter de véritables arguments à leurs critiques s'ils ne veulent pas perdre le minimum de crédibilité qu'ils ont encore.
Et ça m'étonnerait fortement qu'on fasse des éloges à Snyder pour son nouveau film, Superman c'est pas le genre de sujet où on a le droit à la moindre petite erreur...On verra bien d'ici là.
Qu'est ce qu'on peut dire d'autre à part : Comment ça tue bien la tronche ! C'est simple, Warner nous propose ici une image magnifique où le grain cinéma a su être préservé. Je ne saurai pas trop quoi dire. C'est superbe tout du long, les détails sont foisonnants et les différents types d'ambiance sont très bien respectés.
Non vraiment, pas grand chose à redire. Allez peut-être des noirs un poil trop sombre à un moment donné mais c'est vraiment pour chipoter tant l'image de ce film regorge de plans absolument sublimes.
Si la vidéo vous a soufflé le visage, la piste son vous explosera les tympans.
Disons les choses qui fâchent de suite, la VF ne sera disponible qu'en Dolby Digital 5.1. Comme ça c'est dit. C'est pas grave puisque maintenant vous avez l'habitude et que de toutes façons vous n'aurez pas mieux ailleurs. C'est injuste mais c'est comme ça. Et surtout la piste n'a rien de honteux, elle est même très intéressante pour du Dolby Digital mais ça reste du Dolby Digital.
Par contre pour la VO en DTS HD MA 5.1...Popopopo j'ai envie de dire. C'est le genre de piste qui explose tout sur son passage mais qui sait aussi nous immerger convenablement. En gros ça gueule mais ça ne fait pas que gueuler. Les musiques disposent d'un écrin de premier choix tout comme les dialogues très bien centrés. Les différentes séquences d'actions bénéficieront de votre intallation au complet et vous aussi par la même occasion.
C'est dans ces moments là que le caisson se révèle particulièrement redoutable. Un conseil si vous avez des voisins, invitez les, ils risquent de ne pas apprécier la petite fête sonore que vous prépare cette piste.
Là ça se calme un peu. On a beau avoir un Maximum Movie Mode, ça ne fait pas tout. Tous les bonus sont présentés en HD et avec sous-titres français.
Blu-Ray 1 :
- Sucker Punch Animated Shorts (HD, 11 mins) : Vous voyez les séquences d'actions dans les mondes imaginaires ? Ben ici ce sont des courts qui nous montreront une histoire en parallèle de ces séquences. Mais là encore rien de bien génial. Par contre qu'est-ce que c'est beau !!
- Behind the Soundtrack (HD, 3 mins) : Un jour il faudra qu'on m'explique pourquoi la plupart du temps les featurettes sur la musique sont des trucs gerbants d'autopromo ? Ca intéresse vraiment personne ?
Blu-Ray 2 :
- Extended Cut (HD, 128 mins) : 17 mins supplémentaires qui n'apportent absolument rien du tout au film. Enfin si, il y a le dialogue de fin avec le High Roller qui est vraiment intéressant et plutôt important pour le reste, ça aurait pu ne pas être là que ça aurait été pareil. Le film est tout aussi bien en Theatrical Cut, si ce n'est mieux. C'est ici que l'on retrouvera les quelques scènes qui ont dû être coupées et franchement je ne vois pas bien pourquoi. Autant pour la scène du dialogue avec le High Roller je peux comprendre vu ce qu'il dit mais pour le reste, rien du tout. Faudrait arrêter de prendre les gens pour des ânes car tu ne respectes ni l'homme, ni la femme...
- Maximum Movie Mode (HD, 128 mins) : Calquer sur la version longue du film, ce bonus commence à être connu de tous. Zack Snyder va nous prendre par la main et nous faire découvrir quelques secrets de fabrications de son film. C'est un genre de PiP mais sans en être vraiment un. C'est sympa mais c'est très inoffensif. En gros on peut très bien s'en passer. Dommage parce que ce bon Zack est loin d'être chiant à entendre parler mais ça manque vraiment de croustillant. C'est très scolaire quoi.

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Commentaires
"Again, again, again-gain"
En tous cas j'y ai trouvé mon compte !
Merci pour le test ;)
Enfin un test où je ne suis pas en accord avec vous, merci, je commençais sérieusement à m'inquiéter...
Trop de pioupiou à mon goût pour un manque flagrant de bonne histoire. Et comme disait "Gueule d'Amour", pour faire un bon film il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire.
Je préfère aller retrouver les petites chouettes de Snyder.
Sinon, j'ai bien aimé le film pour ma part, j'ai payé ma séance, j'étais satisfait, voilà. Je ne sais pas si je le rachèterai en blu-ray ou le reverrait avant longtemps. Je dois bien être un des rares (avec Sébastien visiblement) à beaucoup plus apprécier les scènes qui se déroulent dans le cabaret que celles dans la tête de BabyDoll. Je m'étendrais pas plus sur le sujet mais même si elles sont impressionnantes et pour certaines, intenses (la scène du train avec la mort d'un des personnages donne tout de suite beaucoup plus de tension à la scène), je les trouve un peu "vide" et "inutiles". Grossièrement, ils vont chercher un objet et puis c'est tout, et si on apprécie pas l'idée, on a du mal à digérer. Mais c'est pour moi le seul défaut du film mais vu que ça touche une bonne partie du film, ça joue énormément. Pour moi, c'était mon premier Snyder et j'ai toujours envie de voir Watchmen. Par contre, j'ai aucune confiance pour le prochain Superman mais peut-être que je me trompe et que ça va être une claque dans la gueule, qui sait ?
Le film n’a pas fait l’unanimité, loin de là .Et d’après ce que j’ai lu sur la toile, il semblerait que les gens n’ont pas aimé le film pour des raisons totalement contraires : d’un côté, ceux qui reprochent au film une soit-disant superficialité en raison de son design extravagant et de son jeu d’acteur jugé léger, et les autres qui trouvent le film incompréhensible de part le parallèle entre ses deux (trois ? quatre ?...) mondes et les ruptures de style occasionnées.
A mon humble avis, il faut voir le film au moins deux fois pour commencer à en saisir le potentiel scénaristique.
Je rebondis sur le résumé de l’intrigue que Rémy a donné dans son article, notamment sur le fait que l’action se déroule sur deux niveaux, l’asile et le cabaret. En fait, c’est oublier les délires de Babydoll , qui constituent à eux seules un niveau supplémentaire .
Le côté métaphorique de TOUT ce qui se passe dans le cabaret n’est pas évoqué dans le test ,peut-être dans le but de ne pas spoiler ? mais comme je vous ai prévenus, je vais m’autoriser à tout dévoiler ! (- :
Car tous les niveaux sont en fait liés entre eux, Baby Doll ne faisant qu’enjoliver la triste réalité pour rendre supportable son emprisonnement en attendant d’être lobotomisée. Et le film s’avère être bien plus complexe qu’il n’y parait pour ses détracteurs, qu’ils trouvent le film déjà trop compliqué ou trop simpliste.
Tout le monde aura compris que Babydoll et ses amies n’ont jamais réellement affronté des soldats allemands, des trolls ou des robots.
Pour s’échapper de l’asile, il leur faudra effectivement trouver une carte, une clé, un briquet et un couteau. Et chaque scène de délire aura pour objectif d’obtenir un de ces objets.
Je ne m’étendrai pas sur leur utilité, mais le couteau servira tout bêtement d’ arme en cas de besoin, le briquet permettra de provoquer un incendie qui détournera l’attention des gardiens, la carte servira à se repérer. Il reste le cinquième objet mystère mais j’y reviendrai plus tard.
Le film établit clairement que ces objets ont une existence bien réelle dans l’asile.
En revanche, il semblerait que la partie la plus jeune du public n’ait pas saisi ce que représentaient les scènes de danse et par extension , les scènes de « délire ».
Dans le niveau « cabaret », Baby Doll hypnotise littéralement tout le monde dès qu’elle se met à danser. Si l’on replace ca dans le contexte de l’asile, il est évident que Babydoll est en fait abusée sexuellement. Si elle imagine le cabaret/bordel, c’est bel et bien parce que ce monde parallèle lui parait plus supportable. Et donc, si on considère le niveau « délire », il faut comprendre que pour survivre psychologiquement au viol auquel elle est soumise, Baby Doll s’évade à un niveau encore supérieure de son subconscient, dans lequel elle devient une guerrière invincible, armée d’un sabre (la métaphore phallique des armes blanches n’étant plus à prouver), et dessoudant des ennemis de sexe masculin exclusivement.
Le point commun entre tous les ennemies qu’elle affronte est que ce sont tous des êtres fantomatiques, j’entends par la, sans conscience. Des êtres sans âme, sans cœur : les soldats zombis, les robots, les monstrueux trolls, les samurais géants.
(au passage, cela permit à Snyder de justifier tous les excès de son héroine puisqu’aucune goutte de sang n’est à déplorer à l’écran)
Il faut voir dans ces ennemis archétypaux une projection de l’image que se fait Babydoll de ses agresseurs dans l’asile : des hommes sans cœur, violents et sauvages. Dans ces niveaux, Babydoll leur donne du fil à retordre et évacue toute sa haine et son désir de vengeance alors qu’en réalité, elle doit surement s’obliger à laisser passer l’orage, toute tentative de se débattre ne faisant probablement que rendre ses geôliers encore plus fous.
C’est donc de cette frustration incommensurable que naissent les délires guerriers de Babydoll.
Une fois la correspondance entre les trois niveaux établie, le film se (re)voit avec un sentiment de malaise, Babydoll allant jusqu’à s’offrir de son « plein gré » au répugnant cuisinier pour créer une diversion pendant que ses amis lui dérobent un couteau.
Sucker Punch appartient au genre du « film de rêve », représenté entre autres par Total Recall, Shutter Island ou Inception, et pose immanquablement la fameuse question à la fin : et si tout cela n’était qu’un rêve ?
ci, on peut choisir de prendre la fin au premier degré : Babydoll subit une lobotomie après avoir permis à Sweet Pea de s’évader.
Mais à y regarder de plus près, la scène finale ou notre fugitive prend le bus interpelle pour plusieurs raisons :
- Le plan final est digne d’une carte postale, un écriteau à droite de l’écran indiquant même la direction pour « Paradise ». Or, c’est justement le terme qu’emploit Mister Blue dans le niveau « cabaret » pour désigner la mort, ce qui correspond sans doute à la lobotomie dans le niveau « asile ». Au passage, notez bien le désespoir induit par ce rapprochement entre lobotomie et mort effective.
- le dernier gros plan sur le visage serein de Babydoll effectue un enchainement sans coupe vers le décor de l’arrêt de bus. Ce « glissement » entre les deux, alors que la caméra effectue une rotation à 180 ° pourrait signifier que le décor du bus est en fait l’image que Babydoll fixe depuis son fauteuil, avec ce regard apparemment perdu dans le vague.
- Le chauffeur du bus n’est autre que le capitaine rencontré au cours des différents « délires ». Comment pourrait-il se retrouver là si le bus appartient bien au monde réel ? D’autant que jusqu’ici, tout indiquait que les « délires » étaient ceux de Babydoll et non Sweet Pea…
- Autre «coincidence », le gamin dans le bus (le fils de Snyder by the way) n’est autre que le soldat blessé aperçu dans les tranchées au début du film.
Vous me voyez arriver avec mes gros sabots (- : je questionne simplement le sens de ce happy ending. Car il est fort possible que Sweet Pea ne soit qu’une affabulation de Babydoll et qu’elle n’existe pas vraiment. Lorsque Sweet Pea s’évade, c’est dans le niveau « cabaret ». Or, ce niveau n’est pas réel. A quel moment passerait-elle donc du niveau « cabaret » au niveau « asile » ? En fait, le final avec le bus appartient plus que probablement au niveau « cabaret », hypothèse appuyée par cette transition dans le plan entre une babydoll lobotomisée et Sweet Pea montant dans le bus.
Si besoin, un autre élément vient appuyer cette théorie. Il faut bien garder à l’esprit que les niveaux sont liés et que chaque action /personnage est répercuté dans les différents niveaux. Lorsque la police fait irruption dans la cellule et arrête l’infirmier/Blue, un policier braque sa lampe-torche sur le visage de Babydoll pour tenter de la faire réagir. Ce policier correspond en fait à l’agent qui interpelle Sweet Pea alors qu’elle monte dans le bus. Babydoll, même dans un état second, continue d’intégrer son environnement direct à ses délires. Le fait qu’elle prenne le bus symbolise ni plus ni moins que son acceptation de la mort. Son bourreau a été arrêté , elle peut s’en aller, sa vengeance hautement amère est consommée malgré tout.
Admettons donc que Sweet Pea ne soit que le fruit du subsconcient de Babydoll. Quel est son rôle ?
Sweet Pea, c’est le salut de Babydoll. Babydoll qui , on le sait, a tué sa sœur en voulant la protéger d’un beau-père sadique, violent et pédophile.
Cette culpabilité, cette échec à protéger sa soeur, elle va les cristalliser dans ce personnage de Sweet Pea justement. C’est pour cela qu’au moment de franchir les grilles du niveau « cabaret », BabyDoll va prendre conscience que le dernier élément, c’est elle-même. C’est son histoire. Il n’a jamais été question qu’elle s’évade. Car la triste réalité, c’est qu’elle ne sortira jamais de l’asile. La lobotomie est imminente et Babydoll va accepter son histoire, faire la paix avec elle-même, et libérer sa conscience. Elle parvient également à remporter la victoire face à son beau-père et ses tortionnaires, car le pouvoir de l’esprit est in fine plus fort que tout. C’est un état de grâce absolue qu’elle atteint. Elle devient une martyre (à ce sujet, on peut d’ailleurs établir un parallèle avec le Martyres de Pascal Laugier, sauf que là ou Laugier accouche de son discours au forceps, Snyder choisit d’arriver à ses fins par le biais de la fantasy pure).
On pourrait croire que c’en est terminé sauf qu’en revoyant le film, on peut cette fois s’interroger sur le sens de la première scène : dans la foulée du logo Warner imprimé sur le rideau d’une scène de théâtre, on découvre une babydoll dans sa chambre, la scène de théâtre cédant la place (également dans la continuité du plan) au véritable manoir dans lequel elle vit avec sa sœur et son beau-père. On constatera par contre que la voix off est celle de Sweet Pea. Etrange, non ?
Il n’est pas rare que les auteurs de romans et scénaristes choisissent des noms très révélateurs pour leurs personnages. « baby doll », une poupée. Une marionnette.
Et si le film contenait un quatrième niveau, caché celui-ci ? Un quatrième niveau que l’on pourrait appeler le « théâtre ». Pourquoi ce qualificatif ? Parce que lorsque Babydoll débarque dans l’asile dans le niveau « asile », on lui présente la grande salle comme le théâtre de madame Gorsky. La méthode de la psychiatre consiste à inciter les patientes à rejouer les drames et traumatismes qu’elles ont vécues. Une forme de psychothérapie comme une autre.
Et si le film entier n’était que l’interprétation de l’histoire de… Sweet Pea ? Sweet Pea qui assure la narration en voix-off au début du film, comme par hasard.
Ainsi, donc le film se passerait intégralement dans le « théâtre » et Sweet Pea nous raconterait son histoire. Babydoll serait en fait la projection mentale, le personnage, la « poupée » incarnée par Sweet Pea pour exorciser son histoire. Ironiquement, lorsque Babydoll découvre le théâtre dans l’ « asile » , c’est justement Sweet Pea qui est sur scène et c’est lorsque leurs regards se croisent que l’on bascule dans le niveau supérieur du « cabaret » .
A mesure que l’on évolue dans les niveaux, la réalité est de plus en plus distordue et « améliorée ».
Le niveau 0, le « théâtre » est donc une vision à peine déformée de la réalité. C’est pour cela que la séquence « sweet dreams » et tout le niveau de l’ « asile » sont presque réalistes d’un point de vue visuel. Snyder parvient à fondre son style hautement graphique à la logique scénaristique de son film. De tape-à-l’œil, ses ralentis, sa palette de couleur, ses décors deviennent éléments narratifs soutenant le pathos de son héroine.
Car pour se réfugier aussi loin dans les différents niveaux de son subconscient, il faut comprendre que Sweet Pea est le personnage le plus désespéré qui soit.
Il est plus que probable que les évènements de la séquence « sweet dreams » soit réellement arrivés, que Sweet Pea ait tué sa sœur et que son père l’ait faite interner.
Aussi, lorsque Babydoll rencontre Sweet Pea et Rocket dans l’ « asile », on se retrouve en plein paradoxe, non pas temporel, mais psychologique, un peu difficile à dénouer, mais il est évident que la mort de Rocket dans l’ « asile » est à rapprocher du fait que l’on voit la sœur de babydoll mourir dans « sweet dreams » , les 2x2 sœurs étant liées.
Une chose est sûre : baby doll et Sweet Pea sont une seule et même personne, car le niveau1, l’ « asile » peut déjà permettre à Sweet Pea/Babydoll de faire cohabiter les deux dans le même univers. Nous avons déjà que la projection de l’une dans l’autre est un moyen de fuir son propre corps et son esprit.
Après avoir revu ce début, je vous propose de retourner directement à la fin pour tenter de réinterpréter le final du point de vue du « théâtre » :
Dès lors que le high-roller a pratiqué la lobotomie, Snyder évite soigneusement de nous montrer le visage de babydoll. Symboliquement, elle a disparu, elle s’est éteinte. Gardons à l’esprit qu’il s’agit en fait de l’histoire de Sweet Pea et que Sweet Pea s’en va au Paradis, cela explique le fameux gros plan sur le visage apaisé et angélique de Babydoll. Dans son « théâtre », Sweet Pea projette sa victoire, son apaisement , sa libération et la fin de son cauchemar.
Dans la version longue du film, une scène précédent la lobotomie montre babydoll s’abandonnant à son éxécuteur, dans une métaphore sado-maso bouleversante pour l’héroïne.
En fait, le niveau 0, le « théâtre », nous est fort probablement raconté, non pas depuis le vrai théâtre de Madame Gorsky, mais au travers de l’esprit lobotomisé de Sweet Pea. Tout le film ne serait que la vision déformée, fantasmée d’une lobotomisée revivant sa vie, son cauchemar à différents niveaux de son subconscient. Tout ce qui reste de l’héroine, c’est ce message qu’elle délivre au travers de la voix off au début et en fin de film, dans lequel elle parle de la force de l’Esprit.
Car si elle a bel et bien été lobotomisée, son âme a trouvé la liberté et la paix.
On peut ensuite s’amuser à rapprocher les divers éléments de tous les niveaux.
Par exemple, lorsque Blue tue une fille dans le « cabaret », faut-il y voir une métaphore d’une lobotomie dans l’ « asile » ?
Les samurais pourraient très bien être Blue et ses 2 gardes du corps, qui observent Babydoll lors de sa première danse.
La veste du maire dans le « cabaret » est en peau de serpent, renvoyant aux dragons du « délire » qui eux-mêmes évoquent le feu/briquet que les filles doivent dérober.
Madame Gorsky est bien évidemment la figure maternelle, la psy et la mère maquerelle, qui veille sur les filles mais échoue à les protéger véritablement. Bien qu’elle parviendra à appréhender Blue grâce à Babydoll/Sweet Pea. On notera d’ailleurs le lien entre l’incapacité de madame Gorsky à protéger les filles d’un homme – Blue- et de la mère de babydoll à protéger ses filles de leur beau-père. Car pourquoi, comment leur mère aurait-elle pu accepter d’épouser un tel salaud ?
Ce qui m’amène à aborder un dernier élément du film : le père biologique de Babydoll/Sweet Pea et de sa sœur.
Tout au long du film , Scott Glenn incarnera la figure paternelle sous plusieurs aspects : le sage, le protecteur, le courageux, le mentor, et même pour finir, le chauffeur de bus , rôle pas tout à fait anodin s’il en est !
Ce personnage pourrait fort bien être l’image du père disparu, à laquelle Sweet Pea/Babydoll se rattache, car sa mère n’a pas su la protéger de son beau-père. C’est de ce fantôme qu’elle puisera l’inspiration pour se battre et résister. Il est d’ailleurs le seul personnage masculin positif de tout le film, ce qui devrait rassurer ceux qui ont accusé Snyder d’avoir réalisé un film misogyne !
Quant aux autres filles, elles ne font que représenter les différentes facettes d’une personnalité schizophrène. Il est probable que Sweet Pea/Babydoll ait réellement croisé ces filles dans la réalité (un niveau -1 que nous n’avons jamais vu à l’écran en quelque sorte), mais à chaque nouveau niveau, leur représentation évoluera pour épouser les projections de la narratrice.
Sucker Punch est une ode au pouvoir de l’esprit, que ce soit dans des situations désespérées ou simplement dans notre quotidien. Snyder, pourtant membre de la NRA (ce qui ne fait pas de lui un fou de guerre psychopathe comme nous semblons trop souvent le penser en Europe), nous démontre ironiquement que la force véritable n’est pas forcément physique et que remporter la victoire se remporte parfois au prix du sacrifice ultime, philosophie qui transpirait déjà dans « 300 », tiré d’un autre militant pour le port d’arme , j’ai nommé Frank Miller.
Mais c'est clair que le film possède beaucoup de niveaux de lectures pour satisfaire les envies de tout le monde (moi je me demande, et ça va je suis pas le seul, si tout ne se passerait pas dans la tête de Sweet Pea...).
Et concernant le genre du "film de rêve" dont je parlais, le film est aussi et avant tout une variation sur le thème d'Alice au pays des merveilles.
Snyder avait d'ailleurs annoncé que Sucker Punch serait une version d'Alice mais avec des guns! Il est d'ailleurs fait allusion à l'oeuvre Lewis Caroll dans la scène de la loge, lorsque la caméra traverse le miroir, référence directe au titre original du livre "Alice through the mirror".
Et tout comme Alice racontait une histoire au travers du prisme déformant des rêves d'Alice, Sucker Punch raconte l'histoire de Sweet Pea sans que jamais nous ne soyons témoins des faits réels.
Le le film entretient également quelques points communs avec Moulin Rouge: dans le film de Baz Lurhmann, Ewan McGregor écrivait une comédie musicale mettant en scène tout le petit monde du cabaret, mais en les transposant dans un bollywood anachronique. Certes, Moulin Rouge proposait moins de niveaux que Sucker Punch mais l'approche est similaire. L'habillage musical des 2 films renforcent la comparaison, puisque les ré-arrangements de chansons sont l'oeuvre de Marius de Vries, arrangeur de génie ayant également contribué à l'excellent score de KickAss.
Sinon tu peux aussi me payer une bonne bière, je suis pas contre Mais de toutes façons c'est évident non que le film est quand même un tantinet féministe ? Enfin tu me diras non c'est pas évident, vu comment certains critiques ont trouvés que le message était très avilissant pour la femme et détruisait son image. Pourtant c'était pas un papier écrit pas Isabelle Alonzo...
Et j'ai envie de te dire de pas t'arrêter à Sucker Punch pour la filmo de Snyder, Watchmen est vraiment très bon. Bon par contre certains pourront te dire qu'il s'agit là d'une merde sans nom comme toute sa filmo d'ailleurs...
@Jaymuz > Yes, j'ai remarqué aussi le petit plan séquence avec le miroir dont tu parles. C'est flagrant mais ça fait partie d'un tout autre niveau de lecture. Le film mérite carrément plusieurs visions !
Je fais pourtant partie des rares qui doivent apprécier le style visuel superbement déjanté de Snyder. J'ai en fait adoré le côté graphic novel live totalement assumé de 300. Sucker Punch lorgne dans la même direction, à quelques différences près : les actrices sont à la ramasse et la narration "geek" totalement has been. Sucker Punch est dangereusement proche d'une production Uwe Boll à cet égard. Voilà un film qui va très mal vieillir ; triste constat car son esthétique est indiscutablement superbe.
En quoi tu trouves que ce film de Snyder se trouve proche d'un film d'Uwe Boll ? Je vois pas vraiment de comparaisons à vraiment prendre en compte (le fait que tu trouves les actrices à la ramasse tient plus de l'ordre du ressenti que de la réelle comparaison).
En tout cas, pas de soucis pour en rediscuter dans quelques années pour voir si le film a mal vieilli
Le problème est que Snyder avait un matériel scénaristique solide de base pour Dawn of the Dead , 300, Watchmen : là il invente l'histoire de A à Z et à force de tout vouloir mélanger, la sauce ne prends pas
Bonjour aussi la morale du film : la Babydoll se fait violer dans un asile pendant tout le film et à la fin on la lobotomise pour ne pas qu'elle s'échappe et elle continue à se faire violer
Et j'ai de loin préféré la Version Longue, qui est bien plus pesante, bien plus incroyable que la Version Cinéma.
J'en apprends toujours plus à chaque visionnage.
Moi, j'adore.


Le fait est que j'ai été déçu. Pourtant, j'avais tout pour être conquis, mais non ça n'a marché qu'à moitié. Pour résumer le fond de ma pensée, je trouve que les scènes d'actions ne servent pas voir même desservent le fond du film.
J'aurais aimé un SC qui se contente d'être un drame, sans ces fameux délires. Parce que le fond est vraiment intéressant et bien tragique comme il faut. Pis les scènes d'actions, désolé, mais a un moment donné, mélanger trop d'influences, ça donne un truc qui ressemble plus à rien.
L'excuse du "c'est dans sa tête", me semble un peu facile pour faire passer la pilule. Maintenant, c'est loin d'être la cata, c'est largement au dessus d'un bon paquet de blocks qui sortent sur nos écrans et c'est le premier projet 100 % Snyder, donc c'est un début prometteur.
J'espère juste que Nolan saura maîtriser un peu Snyder sur les ralentis, pour Superman Man of Steel, parce que là, trop c'est trop (la séquence du train dans SP, intégralement au ralenti, est une catastrophe qui plombe même l'aspect dramatique qu'elle est censé avoir...)
J'insiste, mais y'a vraiment de bonnes choses dans SP, notamment le fond. Pour moi, c'est un oui, mais... Mais un oui quand même.
Ah tiens si, engager de jolies nanas, c'est bien, mais autant en engager qui savent jouer, parce que sortie de Abbie Cornish, et d'Emily Borwning dans une moindre mesure, c'est pas folichon quand même