Présumé Coupable - Le test blu-ray

Publié le 2012-02-03 15:49:39 par Remy
Pochette du film Présumé Coupable
  • Note HD Avis 9/10
  • Note Vidéo 9/10
  • Note Audio 9/10
  • Note Bonus 8.5/10
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La vie c'est de la merde. Si si, je vous l'assure. Entre les innombrables factures à payer qui peuvent rendre insomniaques, la vie de famille (si on en a une), la vie professionnelle, les loisirs, tout est sujet à se prendre la tronche, à essayer de faire au mieux. On est souvent en train de réfléchir, de se projeter sans jamais vraiment profiter, on est plus en train de survivre qu'autre chose, surtout de nos jours.
Parfois tout cela se passe bien, c'est toujours aussi merdique mais ça ne déborde jamais et parfois, le moindre petit grain de sable peut venir enrayer la machine et faire que tout aille de travers, de se retrouver seul contre tous, où nos convictions personnelles seront mises à rude épreuve.

Cette deuxième option est arrivée il y a peu à un homme, Alain Marécaux. Il menait une vie bien remplie, il avait ses propres soucis, comme tout à chacun, mais il arrivait à plutôt bien mener sa barque. Une bonne situation mais qui lui prenait du temps (huissier c'est pas franchement le boulot de planqué), des enfants en bonne santé et une femme qui semble plus ou moins l'aimer. Bref, une vie lambda. Pas forcément grand chose de bien passionnant mais qui semble plaire à cet homme, jusqu'au jour où l'ironie de la vie va faire une entrée fracassante dans son quotidien.



Un beau jour et de beau matin en Novembre 2001, il voit des flics débarouler chez lui, pour il ne sait quelle raison puisque les dits représentants de l'ordre ne sont pas en mesure de vouloir lui communiquer ce pourquoi ils sont là. On le menotte, on fouille sa maison, on met de côté ses enfants ainsi que sa femme (qui se voit réserver le même traitement que lui), l'incompréhension pure et simple. Jusqu'à ce qu'un des flics présents lui explique rapidement qu'ils sont là pour l'étrange motif de détournement de mineurs.
Stupéfaction dans le couple Marécaux mais pour eux, il s'agit forcément d'une erreur, il ne peut pas en être autrement. Sauf que tout ce branle-bas de combat ne va pas s'arrêter d'un seul coup et le couple de partir pour les locaux du commissariat où ils vont être entendus. Bien évidemment les deux époux sont actuellement sous le régime de la garde-à-vue, quand bien même ils crient leur innocence. Bon à la limite ça passe encore, rares sont ceux qui ne se disent pas innocent quand on vient les cueillir au bas du lit, mais on sent que le tout est fait très rapidement, que les policiers présents ne sont pas là pour clarifier la situation. Ce n'est pas non plus la peine d'espérer que tout cela va être mis de côté arrivé dans les locaux de la police, le couple Marécaux ne vient pas là pour s'expliquer sur le fait qu'ils sont innocents, ils viennent pour s'expliquer sur leur culpabilité. Quoi ? Comment ? Présomption d'innocence ? Apparemment pas dans le dictionnaire des flics qui s'occupent de ce dossier.

Dès le départ le couple n'a jamais eu le bénéfice du doute, on en a de suite fait un couple de pervers. A ce niveau là des investigations, on ne sait pas si le couple est coupable ou non mais les inspecteurs ont bien leur petite idée en tête et c'est une idée qui n'a pas été trop longue à transformer en conviction. Ils tiennent leurs coupables c'est évident et de toutes façons, ils se sont basés sur les témoignages d'enfants, ça ne peut qu'être que la vérité et ils ne peuvent qu'être coupables.
Coupables d'avoir abusés sexuellement de mineurs mais les époux Marécaux ne sont pas les seuls à avoir été accusé par ces enfants, un groupe de 16 autres personnes vient s'ajouter aux deux époux. Groupe que les médias nommeront « Les Acquittés d'Outreau ».



Pour ceux qui ne suivent absolument jamais les informations, c'est une affaire qui a fait grand bruit en France.
Premièrement parce que tout le monde (médias compris) voyaient ces gens comme de fieffés salopards, faisant partie des pires raclures que la Terre ait porté. Pour la vindicte populaire aussi, la conviction était toute faite. C'est sûr que les affaires où des enfants sont victimes de faits de ce genre, ça ne laisse personne indifférent (encore heureux, ça prouve que le genre humain n'est pas si pourri que ça). Les gens ont encore en tête l'effroyable affaire Dutroux. Personne ne mettra en doute la justice, c'est sûr ils sont coupables.
Sauf que quelques temps après, pendant le procès, la principale accusatrice (la mère des enfants victimes) va expliquer à la cour qu'elle a menti, qu'elle a accusé tous ses pauvres gens sur la simple base du hasard. Elle ne les connait même pas pour certains.
On se souviendra toujours de cette affaire pour ce troisième point, l'acquittement. Après avoir été traîné plus bas que terre et avoir dû subir des épreuves éprouvantes, les accusés se voient acquitter par la justice, la même justice qui ne les a jamais entendus, qui n'a jamais voulu entendre leurs suppliques.

Et c'est aussi à cause de cela que l'affaire est célèbre, la justice qui juge la justice. Le juge en charge de l'affaire était jeune, trop jeune. Il a opéré dans la plus grande rapidité, se fiant seulement à sa propre conviction. Pour lui, c'était comme ça et pas autrement. L'affaire a été mal jugé, bien loin de l'idée de partialité que l'on se fait de cette grande dame.
Pour avoir agit de la sorte, le juge sera, à son tour, jugé par ses pairs. Là encore, les médias ont tout fait en grande pompe. Direct sur plusieurs chaînes pour nous montrer un spectacle à la limite du désolant où le juge ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive. Les médias se sentent un peu dédouanés maintenant, eux pour qui l'objectivité a rarement été de mise.
La justice tiendra également là le moyen de redorer son image. Elle montre que personne n'est au-dessus d'elle, pas même ceux qui l'appliquent. Résultats, le jeune juge aura le droit a une sanction très peu comparable eu égard au sort réservé à l'affaire.



Tout le monde s'en sort bien, tout le monde est content. Malheureusement, ce n'est pas si simple.
Si la justice aura tôt fait d'oublier ce sombre passage de son histoire et les médias également, pour les acquittés, leur vie sera à jamais chambouler et rien ne pourra venir leur rendre ce qu'ils ont perdu au cours de cette affaire.
Une famille perdra même quelqu'un qui lui sera cher, la personne n'ayant pas tenu le coup face à l'incarcération injustifiée. Chacun se voit détruit et même si la vie continue et prend un chemin nouveau, les années qu'ils ont passé à essayer de se faire comprendre, à subir, à voir leurs conditions d'Hommes être réduites à néant, ces années là, ne seront jamais rendues.

Voilà un grossier résumé de l'affaire pour ceux qui ne la connaîtraient pas du tout. Mais certaines personnes ayant été accusé ont eu besoin d'exorciser tout cela. C'est le cas d'Alain Marécaux qui a écrit un livre sur tout ce qu'il a vécu, du début à la fin. Intitulé, Chronique de mon erreur judiciaire : Une victime de l'affaire d'Outreau., il nous raconte son calvaire dans les différentes prisons, les drames familiaux qu'il a vécu mais aussi comment il a appréhendé le fait d'être accusé à tort lui qui se savait innocent.
Ce que lui a vécu, d'autre l'ont aussi vécu de la même manière avec des tenants et aboutissants différents mais le ressenti sera plus ou moins le même.



Tout au long du livre et donc du film, Alain Marécaux nous raconte la longue descente aux enfers qu'il a subi. Cela commencera dès sa mise en garde-à-vue, on sent que rien n'est fait comme il se doit et que ça risque d'être difficile de s'en sortir. Ça manque pas. Plus on avance dans le récit de cet homme, plus on se rend compte que c'est de pire en pire et que ça vie s'étiole petit à petit. L'homme raconte son calvaire, sans omettre un seul fait et en nous livrant quelque chose brut de décoffrage, sans fioriture, très froid, implacable. La machine qui s'est mise en marche sur sa route, semble sans pitié et surtout, on a l'impression qu'elle n'a pas l'intention de s'arrêter. Le genre de récit qui fait très froid dans le dos, d'autant que la prison et l'accusation ne seront pas les seules choses dégueulasses qui arriveront à Alain Marécaux. Il verra sa femme le trahir, son entourage professionnel se détacher et être obligé de renoncer à son étude d'huissier et à son statut même d'huissier mais le pire dans tout ça, c'est qu'il perdra sa mère qui mourra à la suite de la trop grande peine de voir son fils diabolisé de la sorte.
En plus de souffrances psychologiques, il en subira certaines bien physiques, dû à une grève de la faim qu'il a entreprise pour qu'on ne l'oublie pas. Il perdra 40 kilos au total, ce qui lui donnera un physique cadavérique.
Voilà ce que nous raconte Alain Marécaux de cette histoire. Un calvaire qui prendra fin avec l'acquittement de tout le monde. Mais avant cela, les accusés ont aussi dû subir une dernière épreuve, celle des procès.

Comme on pourra le constater, les procès seront difficiles, où l'attente du verdict sera comme une énième souffrance car malgré l'aveu de la mère de famille qui accusait, ils ne vont pas être blanchi de suite, il leur faudra attendra le procès en appel pour avoir ce qu'ils attendaient depuis le début de cette affaire, que leurs noms soient blanchis et que la justice fasse son méa-culpa. Pour la première chose, c'est fait, même si ils resteront à jamais connus comme étant les acquittés d'Outreau, pas sûr que ce soit la meilleure chose pour eux, enfin soit.
La seconde partie, comme je vous le disais plus haut, n'aura que peu de résultats. La justice restera comme cette grand dame schyzo n'ayant rien à envier à l'Inquisition. Faudrait qu'elle pense quand même à se faire soigner, Outreau n'est pas le premier cas du genre et ne sera malheureusement pas le dernier.



Après avoir parlé de l'adoption d'un couple homosexuel, Vincent Garenq a choisi de mettre en image le récit d'Alain Marécaux. On a connu prise de risque moins grande pour réaliser un second film. Rien que pour ça chapeau.
Mais là où Garenq fait fort, c'est qu'il réalise le film parfait pour ce genre de propos. On aurait pu tomber dans le truc larmoyant et avec la bonne grosse dose de pathos qui va bien, il n'en sera rien. Le film se contente de nous montrer l'histoire d'Alain Marécaux dans la froideur la plus clinique qui soit (bravo pour la photographie). Pas d'effets inutiles, c'est sombre, c'est souvent sans espoir, on suffoque, quasiment pas de moments de répits, bref, la vraie violence de la vie. Vincent Garenq s'en sort donc très bien au vu du sujet et évite de tomber dans certains travers qui auraient transformé son film en long-métrage parfait pour être diffusé l'après-midi sur TF1 ou M6.

Si Garenq montre ses talents de réalisateurs, il nous prouve aussi qu'il sait ce que veut dire diriger des acteurs. Au vu de la prestation de Philippe Torreton, on ne peut qu'être d'accord avec ça et c'est peut-être là le défaut du film, Torreton bouffe littéralement l'écran. Il n'est plus Philippe Torreton, il est Alain Marécaux. L'acteur et le personnage ne font plus qu'un et ce qui en ressort est très fort. Torreton ira jusqu'à perdre 27 kilos pour coller au plus près de la réalité (il voulait perdre autant qu'Alain Marécaux mais ça aurait été trop dangereux pour sa santé). Les images que l'on verra de lui à la fin du film font mal, pas besoin de mots pour comprendre le calvaire de l'homme et l'envie de l'acteur de vouloir bien faire.



On nous parle souvent des acteurs américains qui prennent leurs rôles vraiment à coeur, je peux vous dire qu'à l'heure actuelle, on en a un en France qui sait aussi ce qu'acteur veut dire et surtout, ce que cela implique. Sincèrement, respect et j'espère que ce qu'il propose pour ce film sera salué à un moment donné.
Je disais donc que ça pouvait être vu comme un défaut étant donné que l'on pourrait retenir du film que ce point là alors que c'est quand même bien plus. Un défaut qui n'en est pas vraiment un.

La suite du casting n'est pas en reste, chacun des acteurs étant très juste, très à propos. On pense à Noémie Lvovsky qui ne sera pas qu'un simple second rôle, une prestation évidemment moins puissante que celle de Torreton mais qui ne laisse pas indifférent, d'autant qu'elle n'a, pour ainsi dire, pas vraiment le genre de rôle très flatteur. On retiendra également Wladimir Yordanoff en avocat plus déterminé que jamais et les plaidoiries qu'il proposera, feront mouche à chaque fois.
Pour incarner le juge Burgaud, on a fait appel à Raphaël Ferret, un comédien qui n'a pas une carrière énormissime mais qui montre ici une idée de ce qu'il possède comme talent. Il arrive à faire passer toute l'insignifiance que le vrai juge a pu avoir envers les accusés. Il avait pour consigne de ne pas imiter le juge mais d'essayer de s'en approcher. Aux dires de certaines personnes présentes sur le plateau et ayant un rapport avec l'affaire, la ressemblance était plus que troublante. Pari réussi pour le jeune acteur.



Présumé Coupable n'est pas le genre de film que l'on regarde pour se détendre ou pour voir un bon petit film sans se prendre la tête. Ce long-métrage n'a rien d'une fiction, ce qu'il s'y passe s'est réellement déroulé, quasiment dans les mêmes conditions. Mais là où certains auraient pu jouer une carte totalement différente, on se retrouve ici dans un film qui témoigne et nous fait comprendre comment tout cela a bien pu se passer (ou du moins, en avoir une infime idée).
Le film procure des émotions aussi différentes que l'énervement, l'incompréhension, la colère, la tristesse et nous place devant des faits qui font de nous bien plus que des spectateurs mais de vrais témoins. Un cinéma français qui nous rend actif et nous fait réfléchir. C'est arrivé quand pour la dernière fois ?

Un Blu-ray qui en a dans le bide. A un moment donné c'est chiant de parler de l'image des Blu-ray, on se répète inlassablement. Vous l'aurez compris, Présumé Coupable est de très bonne facture. Alors bien évidemment, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de clinquant comme peuvent l'être certains blockbusters mais les différentes intentions du réalisateur en ce qui concerne l'image sont toutes respectées.

On est donc en face de quelque chose qui dégage beaucoup de froideur et avec peu d'artifices. Brut en quelque sorte, ce qui coïncide très bien avec le ton du film.

Le petit truc qui tâche, c'est qu'on nous propose du 1080i mais apparemment, et selon les gars d'Ecranlarge, France Tv (l'éditeur) n'aurait pas eu autre chose que ça comme master...On est forcé de les croire.

Autre partie technique, autre point réussi. Là aussi il ne va pas falloir s'attendre à du gros son qui rendra vos voisins tendus. Non là c'est plus dans la restitution des ambiances et des voix que l'on se rendra compte du sérieux de ce disque.

Une piste DTS HD MA 5.1 qui vous mettra bien dans le bain de cette sombre histoire. L'éditeur a aussi pensé a ceux qui ne possèdent pas d'installation audio en proposant une DTS HD MA 2.0. Autre bonne nouvelle, France Tv a aussi pensé aux malentendants en leur offrant des sous-titres (il y en a même en Anglais) et même une piste en Audiodescription pour les malvoyants.

Si avec ça France Tv n'est pas perçu comme un éditeur sérieux et consciencieux...

D'habitude avec France Tv, on a une belle technique mais des bonus un peu en retrait. Il semblerait que l'éditeur a tapé du poing sur la table et a été à la pêche aux bonus. En résulte peu de matières mais qui se révèle être très intéressante. Quand on vous dit qu'il n'y a pas besoin d'en avoir des tonnes.

 

  • Commentaire audio de Vincent Garenq et d'Alain Marécaux : Un commentaire vivant et très intéressant. On y apprend des choses sur l'affaire, sur l'adaptation du livre et les évènements et on y entend un Alain Marécaux qui a complètement changé (on est loin de l'homme affaibli que l'on a pu entendre dans les différents reportages) et qui prouve que l'on peut faire fi du passé. On y parle aussi cinéma, un peu. Néanmoins, le fan du détail cinématographique risque d'être un peu sur sa faim.

 

  • En Coulisse (HD, 7 mins) : Deux modules qui nous emmènent sur le tournage du film. Intéressant mais trop court.

 

  • Scènes coupées (HD, 7 mins) : Ici vous verrez soit des scènes tournées d'une façon différente, soit des choses qui viennent s'ajouter à d'autres existantes. Rien de bien fondamentales mais l'intérêt vient des deux commentaires disponibles. Vous pourrez donc savoir pourquoi ces scènes n'apparaissent pas dans le film par la bouche du réalisateur et cette d'Alain Marécaux.

 

  • De l'Ombre à la Lumière (HD, 52 mins) : On nous annonce un making-of et ça serait plus quelque chose comme un journal de tournage. On va suivre le film de sa création à sa sortie. On y verra quelques séquences de tournages, on y apprendra pourquoi Philippe Torreton s'est investi autant, comment il a procédé, ce que le principal concerné pense de tout ça et comment il l'appréhende. Document très intéressant qui nous montre les vrais visages des personnes qui ont été au centre de l'histoire.



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Commentaires

03/02/2012 16:28
Un film qui m'a profondément marqué.
Et un docu très touchant sur l'envers du décor...
On a, finalement, assez peu parler de l'affaire à sa conclusion - je pense que ce film (et le livre) étaient nécessaires.

03/02/2012 20:44
Faut que le voye celui là

03/02/2012 22:50
Merci pour le test Rémy. J'ai pas lâché une seconde ton article une fois que j'ai commencé !
Je vais essayer de me le procurer parce que tu m'as grave donné envie de le voir !

04/02/2012 07:39
Pareil pour moi.... scotché sur ton article... J'espère que le film soit aussi bon que cette histoire improbable et ton article.

10/02/2012 12:54
Ce film excellent m'a fait pensé a "l'Aveu" de Costa Gavras en moins extreme ,l'histoire est toute autre mais on retrouve le meme etat tourmenté et completement désarmé du personnage joué a l'epoque par Yves Montand.Pour moi Torreton mérite haut la main le cesar du meilleur acteur,respect !