Pi - Le test blu-ray

Publié le 2011-12-09 13:56:47 par Jérôme M.
Pochette du film Pi
  • Note HD Avis 9/10
  • Note Vidéo 4/10
  • Note Audio 5/10
  • Note Bonus 0/10

Les grands cinéastes sont rares. Pour un Welles, un Kubrick, un Lean ou un Spielberg, combien d’honnêtes artisans oubliés ou simplement ignorés par le public et la critique ?

En un peu plus d’un siècle de cinéma, chaque décennie n’aura pas révèlé plus d’une dizaine de grands noms. Plus rares encore sont les réalisateurs étant parvenus à bâtir une œuvre cohérente sur la longueur. Voir la douloureuse déchéance artistique de Tim Burton ou Oliver Stone

Au cours des années 70, une nouvelle vague de cinéastes américains bouleversait le paysage hollywoodien : Francis Ford Coppola, George Lucas, Steven Spielberg, Tobe Hooper, Brian De Palma, John Milius,… Quel que soit le genre, le cinéma Américain s’extirpait du studio system en place depuis 40 ans, offrant à l’Auteur (notez la majuscule) du film la place qui lui était due.

Cette révolution artistique aux effets durables permit de révéler au grand public les noms des gens derrière la caméra. Jusque-la, la star était l’unique référent du spectateur. On allait voir « un John Wayne », « un Charlton Heston », « un Erol Flynn », un » Gene Kelly ou « un » Fred Astaire.

Cette identification des films par leurs interprètes perdure d’ailleurs pour les films de studios ou l’accroche commerciale mise tout ou presque sur sa tête d’affiche. Qui connaît le nom des réalisateurs des films « de » Sandra Bullock ?

Entre 1980 et 2000, avec notamment l’avènement du cinéma dit ‘indépendant’ (un terme se referant dorénavant plus volontiers à un style de film qu’a l’origine des fonds investis), de nombreux cinéastes ont su imposer leur nom comme source principale d’attraction pour leur films : les Coen, Tim Burton, David Fincher, James Cameron, Michael Mann, Oliver Stone, Peter Jackson, Quentin Tarantino, Spike Lee, Jean-Pierre Jeunet,… (Liste non exhaustive bien sur!), 
En revanche, depuis 2000, peu de nouveaux noms semblent avoir émérgé, même si leur identité est plutôt bien trempée: Zack Snyder, Sam Mendes, Christopher Nolan, M.Night Shyamalan et bien sur Darren Aronofsky qui nous intéresse aujourd’hui.
Tous ont su développer un style et une thématique propres, mais Aronofsky est de loin celui dont les films ont l’air le plus intrinsèquement habités par l’esprit de leur auteur. 



Si un artiste se doit de communiquer un message, Aronofsky  n’a en tout cas jamais choisi de faire dans la démagogie. Ses œuvres sont 100% personnelles avec une approche radicale des sujets abordés – les addictions, les obsessions et passions morbides,… Et c’est ce jusqu’au-boutisme thématique qui a permis à Aronofsky de se faire un nom, même si les recettes de ses films au box-office sont loin de rivaliser avec Avatar (ou Intouchables!...). 

Qu’à cela ne tienne, les histoires d’Aronofsky peuvent se raconter avec une belle économie de moyen et c’est ce qui garantit leur intégrité et leur identité artistiques. En effet, on peut douter aue les sujets abordés trouveraient aussi facilement preneur si les sommes requises pour leur réalisations s’avéraient plus élevées.


 

Rubrique Pi-pole

Si ses films (Pi, Requiem for a Dream, The Fountain, The Wrestler et Black Swan donc) font preuve de caractère, on ne sait en revanche pas grand-chose d’Aronofsky-l’homme.

Né à New York en 1969, il a suivi des études d’anthropologie à l’université de Harvard. Il s’inscrit également à des cours de mise en scène et d’animation.

Il se dit influencé par Alfred Hitchcock, Stanley Kubrick, David Lynch, Spike Lee, Roman Polanski, Federico Fellini ou encore Jim Jarmusch. Cette liste n’étonnera personne, les cinq films qu’il a réalisés jusqu’à présent ne cachant pas leur filiation avec ces vénérables maîtres.

Après avoir remporté quelques prix jusqu’en 92, il lui fallut attendre 1997 pour tourner son premier film, Pi, pour un budget de 60,000$. Cette somme fut réunie en demandant à ses proches d’investir des tranches de 100$ avec la promesse d’un retour de 150$ par part achetée si le film était distribué. La firme Artisan ayant acheté les droits de distribution de Pi pour 1,000,000$, la famille et les amis d'Aronofsky ont du récupérer leur mise depuis longtemps déjà ! (Avec un budget total de 60,000$, il aura « suffi » de vendre 600 parts. Avis aux cinéastes amateurs souhaitant financer leur premier film ! )

Et puisque mon titre vous promettait de la news people, sachez que Rachel Weisz fut la « Darren de cœur » d’Aronofsky de 2001 à 2010, qu’ils eurent un enfant ensemble, avant que la jolie brune ne s’en aille convoler avec le James Bond du moment, Daniel Craig. Fin de la parenthèse…



 

Un Pi toyable

Le budget dérisoire du film impliqua une logistique pour le moins spartiate pour le tournage et il fallut se contenter du strict minimum : les acteurs portent leurs propres vêtements et hormis le décor de l’appartement du héros, tout le reste fut filmé dans des appartements prêtés par des proches, ou dans des lieux publiques sans aucune autorisation préalable. On peut donc parler de tournage "commando", mais cela ne fait que renforcer l’importance de l’écriture et de la mise en scène d’Aronofsky.

Véritable film underground new-yorkais dans l’âme, l’histoire suit le parcours de Max Cohen, petit génie persuadé que le monde entier répond à une logique mathématique universelle, que ce soit dans la structure du feuillage d'un arbre ou les fluctuations des marches financiers.

Il a  fabriqué lui-même un imposant ordinateur afin de poursuivre ses recherches sur une suite numérique qui régirait l’univers entier. Les calculs de Max aboutissent à une série de 216 chiffres, qui intéressera pas mal de monde. Tout d’abord, Sol, son ami et mentor, qui travailla lui aussi sur cette suite mathématique par le passé. Sol représente d'ailleurs le seul lien social direct de Max. Plus menaçants, deux groupes vont tenter de s’approprier les recherches du mathématicien : les représentants d’une multinationale d'abord, et aussi un groupe de juifs orthodoxes persuadés que la suite découverte par Max n’est autre que le vrai nom de Dieu auquel la Thora fait allusion.



Et Pi quoi alors ?

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Pi n’est pas QUE un film intello. Non pas que la forme évoque un divertissement du samedi soir, loin de là, mais le scénario ne se limite pas à des discussions abstraites sur les mathématiques et la religion. Il s’agit d’une expérience sensorielle. Aronofsky nous fait entrer de plein pied dans l’univers mental de son héros et propose un véritable (mauvais) trip à ses cotés.

La mise en scène permet de comprendre l’état d’esprit de Max, ses tourments, et il est possible d’apprécier le film sous ce seul aspect viscéral.

Aronofsky et son chef opérateur Matthew Libatique (dont la collaboration continue à ce jour) inaugurent quelques effets de style que l’on retrouvera dans leurs travaux suivants, notamment les séquences décrivant les rituels compulsifs du personnage, composées de gros plans rapides sur les mains, les boites de cachets, l’eau qui coule du robinet,... 

Un écrivain utiliserait un style haché et sec pour décrire l’état d’urgence et de stress de son personnage, Aronofsky et Libatique adoptent la même approche mais de manière visuelle. Les séquences en question évoquent autant un vidéo clip musical qu’un certain cinéma expérimental underground mais cela n’a rien à voir avec les effets de style gratuits auxquels le cinéma Américain nous a habitués depuis quelques années (Libatique s’est d'ailleurs vu demander de recycler certaines de ses trouvailles visuelles lors des errances de Daniel Craig dans Cow-boys et Envahisseurs sur lequel il officiait également en tant que directeur de la photographie). Le but est de plonger le spectateur de manière presque physique dans l'histoire, de le mettre dans un état proche de la transe. Le son contribue d’ailleurs de manière efficace à nous faire ressentir la paranoïa et la souffrance (morale et physique) de Max. L’appartement de ce dernier est en soi une représentation de son cerveau: l’ordinateur qu’il a assemblé occupe tout la pièce, du sol au plafond, indiquant que Max est en quelque sorte prisonnier dans sa propre tête, empêtré dans des fils et des circuits électriques ne visant qu’à calculer sans répit tous les chiffres et valeurs qu’on leur soumet.


(note spéciale pour Jeremy : l’ordinateur prend tellement de place chez lui qu’il n’y a même pas la place pour y caser un lit…- l’appartement de Pi sans lit donc…)

Rien n’est gratuit dans la mise en scène d’Aronofsky. Cette rigueur dans l’écriture et dans la réalisation est avant un moyen de compenser le manque de moyens. A défaut d’avoir du pétrole, Aronofsky a des idées : tout est ici millimétré et bien pesé. Le sérieux mathématique de l’histoire imprègne donc le film au-delà du cadre - et le fait que sa durée atteigne exactement 1h23m45s n’ést pas le détail le moins cocasse de l’affaire !

Autre parti pris visuel destiné à appuyer le propos: le choix d’un Noir & Blanc hyper contrasté, éliminant au maximum les nuances de gris. Ce choix colorimétrique renvoie aux 1 et 0 du langage machine, le noir et le blanc étant également la couleur des pièces du jeu de go auquel jouent Max et Sol dans le film.


Pi no noir et Pi no blanc

Pi est une dissertation, construite sur des valeurs binaires, thèse et antithèse.

Aronofsky ne cherche jamais à trancher. Il offre des sujets de réflexions mais laisse au spectateur le soin de se forger son opinion, qui changera en fonction des convictions personnelles de chacun. C’est là la marque des plus grands artistes, sachant interpeller et stimuler leur public, sans jamais leur imposer un point de vue. 

Aronofsky n’oublie pas non plus qu’il doit avant tout raconter une histoire et nous permettre de nous identifier à son héros.

Tout au long du film, des valeurs opposées vont se confronter, tel le noir et le blanc, les 1 et les 0. Pi aborde ainsi la science et Dieu, les mathématiques et le chaos, la société et la religion, le pragmatisme et la foi.

Max se voit  poursuivi par une multinationale et un groupe religieux fondamentaliste. Ces deux groupes voient ce qu’ils veulent voir dans les 216 chiffres générés par l’ordinateur/cerveau de Max, alors même que ce dernier est bien incapable de décider à quoi sa suite peut bien correspondre. Pour la multinationale, il s’agit de la clé qui permettrait de maîtriser et anticiper les mouvements de la bourse. Pour les religieux, il s’agit du vrai nom de Dieu (on dit également qu’en agençant les 216 chiffres en 3 colonnes de 72 chiffres, on obtient alors les 72 facons différentes  de nommer Dieu).
Pour un esprit mathématique comme celui de Max, aucune des deux options ne semblent pourtant plus valable que l’autre même si il reste convaincu qu’il y a une logique derrière tout ça.

Max semble croire qu’il existe un Ordre des choses, de la Nature. Au début du film, il fixe les arbres dans le parc. Le zoom avant sur le haut des feuillages indique que Max étudie dans sa tête l’arborescence des troncs, puis des branches, puis des feuilles. Ces formes fractales (exemple: imaginez en gros un triangle avec un triangle sur chacun de ses côtés, ces 3 nouveaux triangles avec un triangle sur chacun de leurs côtés, puis ces nouveaux triangles avec des triangles encore plus petits sur chacun de leurs côtés, et ainsi de suite) visibles dans la nature suggèrent à Max l’existence de motifs et d’une logique géométrique et mathématique. A l’échelle de l’univers, on pourrait hypthéser que chaque molécule soit un univers en soi et que chaque univers ne soit à son tour qu'une molécule d’un ensemble encore plus gigantesque. 

Cette foi en une logique universelle est également présente dans le jeu de go que pratiquent Max et Sol.
Si les règles du jeu sont extrêmement simples à la base (chaque partie commence systématiquement par la même configuration de 2 pièces blanches et 2 pièces noires), l'évolution de la partie offre un nombre toujours plus grand de possibilités et de scénarios.

La manière d'aborder le jeu de go représente les modes de pensées différents des deux protagonistes : d’un côté, Max pense qu’il y a une logique dans la manière d’enchaîner les mouvements à chaque tour. Sol, lui, pense qu’il faut laisser la partie évoluer pour pouvoir observer une tendance, un motif global. L’un préconise la recherche d’un moyen systémique de prédiction, l’autre accepte les aléas du chaos et de l’observation à posteriori.

La dichotomie de ces questions fondamentales étant biaisée par les convictions de chacun de nous, Aronofsky préfère poser des questions plutot que d'y répondre.

Max, à force de s’obstiner à analyser ses chiffres et le monde, finira par perdre complètement pied. Sa schizophrénie, incarnant son incapacité à trancher sur toutes les questions soulevées par ses observations, le poussera à commettre l’irréparable pour tenter d’échapper à sa propre folie.

 

Et Pi c’est tout

La dernière scène du film voit Max libéré des ses obsessions - apaisé mais dans un état végétatif. Une amère victoire sur lui-même en somme.

Lorsque la petite fille lui demande de faire une division complexe de tête (exercice auquel il se livrait volontiers auparavant), Max est incapable de répondre, quand bien même le résultat de l’opération énoncée n’ést autre que la valeur de Pi!

Le plan final nous montre à nouveau les arbres dans le parc, en vue subjective. Mais Max ne semble plus rien distinguer dans leur structure.

Il est lobotomisé, ses recherches l’ayant poussé à se griller les circuits, une issue tragique préfigurée par la « mort » de son ordinateur lors du calcul de sa fameuse suite numérique. La résolution de certaines questions fait appel à des ressources dont ne dispose tout simplement pas le fabuleux processeur que représente le cerveau de Max.



Selon les convictions et donc, de la foi (ou la non-foi) du spectateur, le film suggère un débat philosophique sur de vastes sujets qu’il n’est pourtant pas facile d’établir au cinéma, le 7ème art se permettant trop souvent d’imposer un point de vue au public de par sa nature figurative. 
(M.Night Shyamalan aborde toutefois un thème similaire dans Signs, lorsque le personnage de Mel Gibson explique qu’il y a deux sortes de gens : ceux qui croient que tout n’est que hasard et coïncidence et ceux qui pensent que les choses, même les pires, arrivent pour une raison)

Co-Pi Paste

Aronofsky fait partie de ces artistes dont les thèmes et obsessions définissent l’œuvre, n’hésitant pas à proposer des variations sur le même air d’un film à l’autre.
De Pi à Black Swan, on retrouve ainsi de nombreuses similitudes, formelles d’abord, que ce soit dans la lumière, le montage ou la musique (la fidélité du directeur photo Matthew Libatique et du compositeur Clint Mansell ne faisant qu’enfoncer le clou), mais aussi et surtout d’ordre thématiques et scénaristiques. 
Ses héros sont immanquablement des êtres tourmentés, obsédés et masochistes que rien ni personne ne parvient à faire dévier de la trajectoire qui les mène inexorablement vers une issue fatale. 
Dans Requiem for a Dream, ce sont les addictions diverses des trois personnages principaux qui causeront la perte de leur humanité. Dans The Fountain, c’est le refus de la fatalité de la vie/la mort. Dans The Wrestler, c’est une autre dépendance, celle d’une star déchue pour les applaudissements de la foule, qui forcera Randy the Ram à remonter sur le ring quitte à y laisser la vie. Enfin, dans Black Swan, c’est la recherche de la perfection artistique, de l’émotion ultime qui poussera Natalie Portman à se brûler les ailes sur scène.
Sacrifices ou descente en enfer, le héros chez Aronofsky est toujours malmené, et le plus souvent victime de lui-même.Tous les films d’Aronofsky se terminent de manière dramatique, à l’ exception peut-être de The Fountain qui fait presque figure de film joyeux comparativement aux quatre autres titres de sa filmographie!



Même si il n’aborde pas de manière directe le registre du fantastique, Darren Aronofsky parvient à distiller une ambiance malsaine et malade dans ses films qui le rapproche de deux habitués du genre: De Palma et Cronenberg. Le premier est connu pour avoir régulièrement abordé le thème du double et le second a toujours fait montre d’une fascination pour l’influence réciproque de la chaire et de l’esprit.
Aronofsky, sans jamais citer consciemment ces deux maîtres du fantastique, parvient à conjuguer leurs thématiques respectives.

Les héros d’Aronofsky souffrent tous le martyre. Cette souffrance est autant psychologique que physique, renvoyant donc au cinéma de l‘auteur de la Mouche: le cancer dans The Fountain, les combats dans The Wrestler, les migraines dans Pi, le manque dans Requiem ou la torture du ballet dans Black Swan. Pour la plupart d’entre eux, il s’agit de châtiments qu’ils s’infligent eux-mêmes, comme si leur esprit finissait par s’émanciper de leur corps et ne plus prêter attention aux signaux d’alarme que leur envoie ce dernier pour les prévenir du danger de mort qui les guettent.


Pi-pi 

A l’instar de De Palma et peut-être même plus systématiquement encore que lui, Aronofsky a recours au double dans chacun de ses films, afin de proposer une sorte d’antithèse du héros, ou à défaut, un contrepoint contextuel au personnage principal.

Dans Pi, Sol est le mentor de Max. Mais il est aussi son alter ego et son opposé. Tous deux ont cherché la même chose, même si leurs vues divergent (Non, Jérémy, il n’y a pas de jeu de mot là-dedans) sur le sens des choses.

Dans Requiem, le parallèle entre les différentes dépendances et leurs conséquences met les trois personnages au rang de cobayes dans un laboratoire. Subtile changement d’approche dans The FountainHugh Jackman interprète à lui tout seul les trois stades de l’évolution de sa conscience cosmique.

Dans The Wrestler et Black Swan, véritables faux jumeaux de pellicule, un second rôle fait office de miroir déformant (un miroir « redressant » en fait puisque le personnage principal est en fait lui-même déséquilibré). Ce personnage témoin dans The Wrestler n’est autre que Cassidy, la gogo danseuse interprétée par Marisa Tomey. Comme Randy the Ram, elle vit de son corps. Et comme Randy, l’âge de ses artères la force à penser à la reconversion avant qu’on ne la juge inapte au service de toutes facons. Mais là ou Randy n’arrive pas à décrocher, noyé qu’il est dans la nostalgie d'une époque révolue, Cassidy parvient sans état d’âme à faire la part des choses. Si elle continue à danser, ce n’est pas pour se prouver quoi que ce soit. C’est uniquement dans le but d’assurer l'avenir de son fils. Ayant lamentablement raté ses retrouvailles avec sa fille, Randy n’a d’autre choix que de replonger tête la première dans la pratique d’un sport qui, s’il lui fournit l’adrénaline qu’il recherche, pourrait bien lui coûter la vie.

De la même manière, dans Black Swan, le personnage de Lily interprété par Mila Kunis se veut le pendant « humain » de Nina Sayers/Natalie Portman. Lily est prête à beaucoup de choses pour décrocher le rôle du cygne noir, mais son esprit de compétition s’arrête à quelques marches du sommet d'un pic de folie du haut duquel Nina n’hésitera pas à se jeter pour parvenir à combler ses ambitions.



Le thème du double (voire du triple) est très présent chez Aronofsky, avec parfois une itération supplémentaire intéressante: si le double peut prendre la forme d’une tierce personne physique, parfois alter ego, parfois antagoniste, il peut aussi investir le film de manière plus insidieuse et perfide encore, en faisant du personnage principal un être schizophrène et donc, par extension, masochiste malgré lui.

Randy the Ram est clairement affecté par cette double personnalité. Il demande d’ailleurs dans un premier temps à son médecin de l’appeler par son nom de scène. Plus tard, lorsqu’il réussira à trouver un job au supermarché, c’est en partie parce qu’on l’affuble d’un nom qui n’est pas le sien sur son badge que son autre Lui, Randy, finira par refaire surface, prenant définitivement le dessus sur Robin Ramzinski (son véritable nom à la ville).

é-Pi-logue

Comme nous venons de le voir, en cinq films et 13 ans de carrière seulement, Darren Aronofsky peut se targuer d’avoir su poser les bases d’une œuvre cohérente et intègre, ne souffrant d’aucun faux pas jusqu'à présent, même si The Fountain fait peut-être figure d’exception dans sa filmographie en raison de quelques signes extérieurs de richesse sur le plan visuel.

Pour un premier film, Pi fait preuve d’une impressionnante maîtrise, sur le fond et la forme, et annonçait déjà les thèmes des films qui allaient suivre.

Malgré une popularité et des recettes en constante progression (Black Swan a été nommé dans cinq catégories lors de la cérémonie des Oscars 2011, dont meilleur réalisateur et meilleur film, rien que ça!), Aronofsky ne semble pas avoir perdu sa force créatrice viscérale. Tout au plus pourrait-on reprocher à Black Swan de vouloir un peu trop consciemment coller à The Wrestler ? Mais chacun des deux films possède assez de personnalités pour éviter l’autocitation stérile et facile.

Après avoir récolté pas mal de prix avec ses deux derniers opus, va-t-on encore voir Aronofsky prendre des risques artistiques et commerciaux si ses prochains sujets l’exigent ? Un nouveau film en noir et blanc ? Ou aborder à nouveau un sujet aussi abstrait et abscond que Pi

Pas sur… car après tout, Aronofsky a évolué en tant qu‘artiste. Et quelle que soit la direction qu’il prendra, gageons simplement qu’il ne cèdera pas à l’embourgeoisement qui le guette en raison de ses succès critiques et publiques. Car force est de reconnaître que sa réussite fait figure d’anomalie dans un paysage cinématographique dominé par des films (produits ?) toujours plus populistes et démagogues. Tant qu’il continuera à faire SES films sans se soucier des attentes du public, nous serons nombreux à vouloir nous laisser embarquer aux côtés des héros déchus et torturés qu’il met en scène. A moins qu’à force de vouloir aller toujours plus loin dans la maitrise de son art et en s'investissant émotionnellement comme il le fait, Aronofsky ne finisse un jour par succomber lui-même à la schizophrénie et se mette à réaliser des blockbusters décérébrés pour le compte d'une major?

Ne nous fais jamais ca Darren, on t'aime comme tu es!

Pi est un micro budget tourné en 16mm et en noir&blanc qui plus est.

Faut-il en dire davantage ? Il est clair que le film ne prétend pas être un top demo vidéo. Il est d’ailleurs difficile de faire la différence avec un simple DVD.

Toutefois, le fait que des éditeurs sortent dorénavant des films qui ne « méritent » pas le traitement HD prouve que le format blu-ray est bien implanté et arrive doucement a maturité pour remplacer le DVD dans le cœur et dans les filmothèques du grand public.

Le transfert reproduit donc le grain 16mm du film de manière fidèle, et le noir et blanc hyper contrasté de certaines scènes est aussi tranché que possible.

Pas besoin de s’éterniser, les acheteurs potentiels du film en blu-ray savent à quoi s’attendre. De toutes façons, on n’achète pas Pi pour le plaisir des yeux. La vérité est ailleurs..

 

Tout comme pour l’image, Pi ne risque pas de devenir un top son audio.

L’éditeur a tout de même pris la peine d’encoder la piste son en DTS HD, même si il ne s’agit que d’une simple stéréo (VO comme VF)

Difficile donc de juger la qualité du mastering audio. En revanche, le design sonore du film est tout à en phase avec les thèmes du film. Que ce soit la musique, les bruitages ou les dialogues, le son joue un rôle primordial dans l’atmosphère du film, et contribue à nous enfermer dans l’esprit dérangé de Max. 

En ce sens, Pi es une réussite accoustique, surtout si on considère le budget du film ! Des effets surround n’auraient, de toutes façons, pas enrichis le propos et d’une certaine manière, il est bon de voir des cinéastes attacher autant, sinon plus, d’attention au fond qu’à la forme. De ce point de vue, l’ambiance sonore de Pi vaut tous les coups de basse et les effets de Transformers 3 . Nah !

 

« - Bonjour, vous avez quoi comme bonus aujourd’hui ?
- des quoi ? 
- Des bonus ? b…o..n..u…s… 
- Aaah ! désolé, on n’en a plus.
- Vous allez être livrés bientôt ?
- C’est la crise, vous savez. Nous, on se contente de ressortir le film en blu-ray, c’est déja pas si mal!
- Ah oui, mais on nous a déjà fait le coup des éditions sans bonus pour Requiem for a Dream, et The Fountain. Vous pourriez au moins le vendre moins cher votre blu-ray !
- Alors là, c’est pas moi qui décide, faut parler au patron.
- Et il est là ?
- Non, il n’est jamais là..
- Ben alors, j’fais quoi moi ?
- ben vous n’avez qu’à lire Planète HD, ils parlent du film justement aujourd’hui 
- woohooo ! »

 

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Commentaires

09/12/2011 15:36
Tout d'abord, excellent test faisant ressortir extrêmement bien les thèmes abordés par le film et la manière employée.

Par contre, j'avoue ne pas avoir, du tout, accroché à l'ensemble de l'œuvre. Non pas que ce soit mal fait, juste que je n'y ai pas trouvé d'intérêt et les différents sujets traités me sont largement passés au-dessus de la tête.

Ah oui, trop fort les titres/jeux de mots.

09/12/2011 15:45 - Edite le 09/12/2011 15:47
Je comprends que le film puisse laisser de marbre voire rebuter!
Mais si on adhere a l'ambiance et si on est assez maso pour s'infliger un vrai malaise cinematographique, alors je crois qu'on peut s'eclater!


ps: des jeux de mots? ou ca des jeux de mots? desole, c'etait pas fait expres!

09/12/2011 18:10
Bon avant tout, test exceptionnel! Niveau tournage commando, on se rapproche même d'un Maniac de Lustig (sauf que ce dernier avait plus de sous : les siens !)

Merci pour la note spéciale, j'en ai eu les larmes aux yeux ... tellement j'ai ri !! Par contre, je ne suis pas content que la capture qui s'y rapporte soit une photo de mon bureau !!  

En tout cas, t'en as oublié une concernant la religion : un-pi !

Superbe test, d'un film qui m'avait beaucoup plu notamment sur l'utilisation bien finaude des mathématiques, et de l'obsession qu'elles amènent. Par contre, je suis bien de ne pas avoir acheté le film (même si je me suis longuement tâté - ça fait du bien merci), vu la piètre qualité audio-vidéo, et pire, là, où des bonus auraient d'une aide précieuse aux personne désirant approfondir leur compréhension de cette curiosité cinématographique.
A mon avis, faudra se tourner vers un éventuel import biélo-russe en mandarin sous titré inca...

09/12/2011 20:49
Merci jerem'!
À tous ceux qui veulent découvrir le film, je recommande l'achat du DVD, qui suffit amplement...

Concernant l'absence de bonus, c'est vrai que c'est dommage, mais Aro n'est pas très causant de tts façons. Je crois que pour percer le secret de ses films, le mieux est encore de les voir encore et encore!

Et range-moi ce bureau, s'te plaît, parce que c'est vraiment l'bordel!

10/12/2011 19:55
Ta note spéciale.. consternant !  

Les héros d'Aro sont des personnages christiques, et c'est pour cela que je les aime, ils souffrent à notre place, nous lavent de tous nos défauts, accomplissent tous nos fantasmes.