Bunraku - Le test blu-ray
Publié le 2012-01-11 11:16:36 par Sébastien
7.5/10
9/10
9.5/10
0/10
- Acheter le blu-ray Bunraku sur :
Autant que ce soit clair dès maintenant, Bunraku va diviser. C'est une certitude tant ce film, sur ses choix visuels, ses influences, le climat général du film, annonce la couleur d'entrée de jeu, sur cet étonnant opening, mélange sublime d'animation, de 2D et de 3D, d'origamis, réalisé par l'animateur brésilien Guilherme Marcondes (le film vaudrait le coup d'oeil rien que pour eux) et rythmé par la voix omniprésente du Narrateur, Mike Patton (oui, oui, LE Mike Patton, God himself, l'extraordinaire performer de Faith No More). Oui, clairement, Bunraku va diviser.

Bunraku, c'est avant tout le délire d'un réalisateur, Guy Moshe, dont c'est ici le second film. Autant vous le dire de suite, je ne sais strictement rien de lui, pas plus maintenant qu'au moment où j'ai découvert Bunraku, lors de l'annonce de sa sortie au Royaume-Uni il y a quelques mois. Je découvre alors un teaser halluciné, mélange improbable de genres, point de convergence unique ou presque d'une flopée de références. Mon sang ne fait qu'un tour et en bon amoureux de la prise de risque, j'ai été bien près de me laisser tenter. Mais l'absence ou presque d'informations sur le net à ce sujet finit par me faire reculer, mais pour mieux sauter à la faveur de la sortie française sous l'égide de Seven7.
Résumer Bunraku est particulièrement difficile. Pas à cause de son histoire (somme tout simple et revue) mais à cause de la multitude de choses que l'on peut comprendre sur son scénariste / réalisateur en voyant son film. On va y retrouver du film de sabre, du film d'arts martiaux, du western mais aussi du comic, une grosse influence asiatique (et principalement japonaise), en passant par le jeux vidéo, la comédie musicale, le big band, etc... Foutoir, oui en un sens, foutraque, très certainement. C'est donc ça Bunraku, l'improbable rencontre entre tous ces thèmes, toutes ces références, et l'émergence d'un réalisateur doté d'un réel sens de l'image.

Bunraku est un conte, une histoire, librement inspirée du bunraku (thêatre de marionnettes japonais), un conte relaté par le Narrateur, celui de deux hommes qui vont partir en quête de vengeance et affronter Nicola, le bûcheron, dans une ville tout entière à sa botte. Voilà, c'est en gros l'idée, et même si nos deux combattants ont leurs motivations qui leur sont propres, on ne déviera pas de ce cadre là, pas d'un poil. On aura bien deux types venus ici pour une raison ou une autre et un homme, Nicola, régnant sur cette ville de main de maître, un homme qu'il faudra donc vaincre.
L'histoire, toute efficace qu'elle soit, n'est certainement pas le point fort du film. Elle a, disons, le mérite d'exister mais n'est réellement qu'un prétexte, un cadre, et sûrement pas une raison. Non, Guy Moshe semble préférer se concentrer ailleurs, sur tout le reste, de l'aspect visuel aux personnages, des chorégraphies aux musiques. Il est certain qu'il a mis son grain de sel dans chacun de ses domaines, essentiellement pour préserver la patine de son scénario.
Visuellement, Bunraku se démarque de suite. Ca a démarré par ce superbe générique, et en fait ça poursuit par la suite. Pour conserver cet aspect papier propre aux comics, propre à l'univers japonais du film, tous les décors ont été conçus "façon origami". Je ne sais pas comment mieux le signifier. Les décors ressemblent autant à cet art du pliage qu'aux livres pop up. Pour accentuer cette impression, une bonne partie des séquences s'ouvrent comme un livre que l'on déplie, les décors prenant forme, se "redressant" comme dans un livre animé.

Intégralement tourné en studio, Bunraku n'a pas pour autant cet aspect numérique. C'est le plus étonnant, car s'il conserve un aspect artificiel, on n'en perd pas pour autant le côté "papier" de la chose. Pour tout dire, on a vraiment l'impression que les personnages se déplacent dans un univers entièrement réalisé en papier. C'est assez déroutant mais particulièrement réussi. Et c'est bien, finalement, dans la gestion du visuel, couplé aux multiples références (dont il fait partie intégrante également) que Bunraku dame le pion et rafle la mise.
C'est avant tout ça, le plus marquant, que de ce foutoir, naisse quelque chose qui tienne la route et n'échoue pas lamentablement dans la catégorie du nanard. On part ainsi d'un monde post-apocalyptique où toutes les armes à feux ont été bannies et où un semblant d'ordre a fini par arriver. Nicola domine donc cette ville qui n'a pas de nom et on dit de lui qu'il est l'homme le plus fort à l'est de l'Atlantique. C'est en maître hégémoniaque qu'il règne, protégé par une armée privée et ayant dans sa main les fantoches au pouvoir (le maire ou le commissaire). Nicola est en plus secondé par neufs tueurs, dont la besogne consiste essentiellement à faire régner l'ordre établi et à tuer quiconque aurait l'idée de vouloir remettre cela en question. L'arrivée en ville du Vagabond et de Yoshi va remettre les choses à plat. Vagabond est là pour rencontrer et visiblement affronter Nicola, Yoshi souhaite remettre la main sur un médaillon, appartenant à sa famille, subtilisé sur le champ de bataille à l'un de ses ancêtres, médaillon qui est en la possession de Nicola.
J'ai parlé plus haut des nombreuses références, elles sont légions, pourtant Moshe réussit à les articuler efficacement. Le plus surprenant là dedans, c'est celle ayant trait aux big band et à la comédie musicale. Elle s'articule essentiellement autour des combats, fortement chorégraphiés et toujours en rythme avec la musique (d'où le côté musical), une musique qui régulièrement fait penser à ces formations orchestrales qu'étaient les big band et l'empreinte très swing de la BO. Tout cela est littéralement personnifié par le Tueur n°2 (impeccablement joué par Kevin McKidd).

Western, film de sabre, arts martiaux, ça saute tout de suite aux yeux. Le western, bien entendu, par le personnage de Vagabond, solide, sombre, taciturne, peu communicatif, renvoyant aux western spaghettis. Film de sabre pour Yoshi, en bon samourai qu'il est, arts martiaux pour les nombreux combats du film. L'influence jeu vidéo n'est pas la moins suprenante, elle n'en reste pas moins très importante tout au long du film. On retiendra ainsi les neufs tueurs, comme autant de boss de mi-parcours, ou encore le Tueur n° 3, qui est Vagabond en mode miroir (la même pour le Tueur n° 5, pour Yoshi). Ca va également à deux séquences, l'une de course poursuite en voiture, vue du dessus, rythmée par des bruitages de jeux vidéo, l'autre, un incroyable plan séquence en mode vertical, où l'on voit Vagabond aller libérer Yoshi, alors détenu en prison. On y voit Vagabond éliminer gardiens après gardiens et descendre les étages du commissariat, sur fond de bruitages là aussi empruntés aux jeux vidéo, avec un unique travelling vertical, sur un plan du commissariat en coupe. On pourra également parler de l'aspect BD, comic, de l'ensemble, indéniable autant visuellement qu'en terme d'ambiance, avec le personnage du Barman qui réalise des livres animés comme passe temps (avec une version Grèce Antique de Spider-Man bien fichu).
C'est aussi dans le casting que Bunraku marque des points avec pas mal de têtes connues, de seconds couteaux et d'habitués des séries B et des films d'action. Josh Hartnett confirme tout le bien que je peux penser de lui quand il est bien dirigé, l'acteur a de la gueule dans son rôle de Vagabond, avec un style de combat tout en puissance et en force. Gackt Kamui (superstar de la musique au Japon) est une surprise dans celui de Yoshi, très classe dans ce rôle de samourai. Ils sont accompagnés de Woody Harrelson qui joue le Barman, Ron Perlman pour Nicola, Kevin McKidd dans celui de Tueur n° 2 ou Demi Moore qui joue Alexandra. Les personnages sont tous stéréotypés, mais ils doivent être vus comme des "modèles", certes clichés, mais servant leur rôle et dont l'interprétation est globalement bonne.
Bunraku a bien entendu des défauts. Outre l'histoire assez classique (pour ne pas dire clichée), on regrettera une première partie un poil lente et une durée globale peut-être trop longue d'une vingtaine de minutes. Bunraku prend trop son temps pour poser son rythme et accélère peut-être un peut trop en seconde partie. Le rythme n'est pas toujours maîtrisé. Certains personnages servent peu ou ne sont pas correctement exploités. C'est le cas d'Alexandra ou encore de Nicola, qu'on voit finalement trop peu et pour lequel le duel final tourne un peu court. On pourra citer également le cas du Narrateur, plus commentateur qu'autre chose (le délicat exercice de la voix off, pour lequel nombreux sont ceux à se casser les dents). Ca nous permet de profiter tout de même de la voix superbe de Mike Patton (doté d'un très bel organe et non, je ne fais pas mon coming out).

Bunraku doit être vu comme un délire, visuel mais pas seulement, quelque chose de généreux qui, comme tous les films généreux, en laissera sur le carreau. Il faut accepter d'être envoyé dans l'univers de Moshe. Ca n'en reste pas moins un film particulièrement prenant et stimulant, une expérience surprenante et totalement inattendue. On passera sur certains trucs un poil space (le Général des forces prolétariennes, opposées aux forces de Nicola, qui rappelle très fortement Fidel Castro) pour en tirer le seul constat qui s'impose, à savoir qu'il y a beaucoup de choses dans la tête de Moshe, c'est le bordel mais organisé, en gros, y a un ordre dans ce désordre.
Bref, tout ça pour dire que ceux qui se laisseront tenter risquent très fortement de se laisser embarquer tant visuellement il y a à dire sur Bunraku. C'est un vrai divertissement, dans son sens le plus pur, qui ne peut remporter l'adhésion de chacun mais qui, pour ceux qui accrocheront, vaut franchement le détour. Terriblement stimulant !
Visuellement superbe (je pense avoir suffisament insisté la dessus), le transfert proposé par Seven7 est à l'image de ce que l'on est en droit d'attendre d'un Blu-ray.
C'est donc très beau, doté d'une définition hors paire et multipliant les couleurs punchy. Il n'est pas exempt de tous reproches (un poil de grain sur quelques scènes) mais pour ses contrastes, sa gestion des couleurs et la tenue générale, nul n'est besoin de s'étendre plus longtemps sur la réussite visuelle de cette galette.

Idem pour la partie audio, avec du DTS-HD Master Audio 5.1 pour tout le monde, comme d'habitude chez l'éditeur. C'est puissant, toujours équilibré et spatialisé aux petits oignons.
On remarquera la belle place laissée à une BO stimulante. C'est du très bon boulot pour deux pistes qui se valent techniquement.

Ils sont où les bonus Monsieur Seven7 ? Comme le commentaire audio présent sur le disque US ? Bah, à pas, où alors ils sont tellement bien cachés que je les ai pas trouvés...

- Acheter le blu-ray Bunraku sur :
Commentaires
Thx pour le test.
































































































