Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest - Le test blu-ray
Publié le 2012-01-25 10:37:31 par Aimé
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Mais quelle riche idée d'avoir réalisé un documentaire sur le groupe Hip-Hop devenu légendaire, A Tribe Called Quest. Maintenant ce que l'on n'attendait pas particulièrement c'est que ce soit un des acteurs de True Romance, Michael Rapaport, transformé en réalisateur pour l'occasion, qui s'en charge.
Bon sinon, à part ça, c'est quoi A Tribe Called Quest ? C'est qui ? Pourquoi ? Comment ? Où ? Ne vous énervez pas, je vais vous expliquer tout ça d'autant plus que votre serviteur a ressorti pour l'occasion tous les albums du groupe histoire de se faire plaisir et surtout pour ne pas raconter trop de conneries.
Je profite donc de cette (rare) occasion pour parler de musique sur Planète-HD parce que cela n'arrive pas tous les jours et ainsi de déborder un petit peu du cadre habituel pour vous présenter un de mes groupes préférés. C'est parti pour une petite bio informative.

"Yo, microphone check one two what is this..."
A Tribe Called Quest est à l'origine un groupe de musique, de Rap en l’occurrence, composé de 4 membres : le rappeur/producteur Q-Tip (a.k.a. Kamaal Ibn John Fareed et anciennement Jonathan Davis), le rappeur/producteur Phife Dawg (Malik Taylor) et le DJ/producteur Ali Shaheed Muhammad. Il y avait un quatrième larron dans cette formation, Jarobi White qui n'a participé qu'au premier album d'ATCQ mais demeure à ce jour une figure importante de l'ensemble.
L'odyssée musicale d'un des plus grand groupe de Hip-hop de la planète débute en 1985 dans le Queens à New-York.
A cette époque, Q-Tip et Phife Dawg sont des amis d'enfance et bien que le premier se produit déjà en solo sous le pseudo MC Love Child, il est fréquemment rejoint par le second pour quelques duos. Les deux bossent aussi parfois sur quelques démos d'Ali Shaheed Muhammad et officient sous le nom de Crush Connection. Ce n'est qu'un peu plus tard que Jarobi White les rejoint pour former A Tribe Called Quest dont le nom a été trouvé par un autre groupe mythique du hip-hop, les Jungle Brothers.
D'ailleurs et sans tarder, tout ce petit monde va finir par se regrouper au sein du collectif Native Tongues et c'est ainsi que Q-Tip se retrouve en featuring dans deux titres de l'album Straight Out of The Jungle des Jungle Brothers : Black Is Black et In Time.

Attendez, ce n'est pas terminé car dans ce collectif, un autre groupe incontournable est également présent. Il s'agit de De La Soul, bien entendu. Oui, "bien entendu" parce que ces artistes ont tous émergés au même moment et ont eu le succès que l'on connait, quasi-simultanément. D'ailleurs, fait ô combien étrange, les Français se souviennent plus volontiers de De La Soul parce qu'ils ont eu un "hit" chez nous ("Ring Ring Ring (Ha Ha Hey)") plutôt que de A Tribe Called Quest.
Mais leur démarche musicale est assez différente de ce qui se passe dans le monde du Rap à la fin des années 80 et au début des années 90. Majoritairement influencés par les LL Cool J., RUN-DMC et autres Doug E. Fresh, le Rap d'ATCQ ou de De la Soul se veut plus "conscient" et plus léger mais pas dans le sens péjoratif du terme. Ils réagissent surtout en opposition au Gangsta Rap violent et misogyne de Los Angeles initié pas des groupes tels N.W.A. (Niggaz with attitudes) composé de nul autre que Dr. Dre ou Eazy E. ou par les très portés sur le cul, 2 Live Crew, basés à Miami.

Les paroles des chansons des Native Tongues sont destinées à élever un peu plus les esprits et les thèmes contenus dans leurs chansons tournent davantage autour de choses positives (éducation, éveil des consciences, spiritualité) plutôt que de verser dans le misérabilisme systématique de la vie dans les "Projects". Et c'est l'incontournable DJ Red Alert de la station de radio 98.7 Kiss-FM, N.Y.C qui va faire en sorte de mettre en avant ATCQ au même titre qu'il s'est déjà chargé de faire connaitre Queen Latifah, Black Sheep ou Monie Love à toute une communauté d'auditeurs.
Un des titres les plus emblématiques du collectif est sans aucun doute le remix d'une des chansons du groupe De la Soul, "Buddy" sorti en 1989 et tiré de leur premier album 3 Feet High and Rising. "Buddy" est devenu un classique, un standard du Rap parce que c'est aussi l'exemple type du "vrai" remix. C'est à dire que le "beat" et les samples sont modifiés ainsi que les paroles, au profit d'une toute nouvelle version. C'est pour cette raison que l'on retrouve sur la version de "Buddy (Native Tongue Decision)", les participations exceptionnelles de Q-Tip, Phife Dawg, Jungle Brothers mais également des deux filles les plus marquantes de la scène Hip-hop féminine à ce moment précis, Queen Latifah et Monie Love.

Après cette expérience, ATCQ sort enfin son premier album et se fait signer par David Geffen pour une démo de 5 chansons mais ce dernier les laisse trouver le deal qui leur correspond le mieux. Bien sûr Geffen touchera une partie des royalties sur les chansons. ATCQ décide finalement de signer un petit contrat avec Jive Records qui était à ce moment là encore, un label indépendant (plus tard ils se diversifieront et s'occuperont entre autre des Backstreet Boys, Britney Spears et N*Sync) et qui avait contribué au succès d'artistes tels que Boogie Down Production et Too $hort.
Le reste c'est de l'histoire comme on dit et ATCQ sort son premier album People's Instinctive Travels and the Paths of Rhythm en 1990. Dès leur premier opus le groupe impose son style et sa vision du Rap. Cet album recycle brillamment les influences diverses provenant souvent du Jazz. Ainsi on retrouve des samples de compositions des Jazzmen Jimmy Smith, Cannonball Adderley, Roy Ayers, Donald Byrd ou Weather Report mais pas seulement. ATCQ fusionne toutes leurs influences venant également de la Pop du Rock et du R&B. Il y aura pelle mêle, The Beatles, Lou Reed, Sly Stone, Funkadelic, Earth Wind & Fire, Jimi Hendrix, Grace Jones et Maze. Le mélange est heureux et l'ambiance de cet album est à contre-courant de la production Hip-hop du moment qui sample principalement James Brown ou Chic à retour de bras. Leur style, leur "flow", l'orientation musicale, la fluidité des compositions, absolument TOUT tue chez ces nouveaux venus décidés à bousculer l'image du Hip-hop dans les années 90. Mais ils ne s'en rendent pas compte immédiatement.

Trois singles seront tirés de People's Instinctive Travels and the Paths of Rhythm : "Bonita Applebum", "I Left My Wallet in El Segundo" (dont le clip est à mourir de rire) et l'énorme "Can I Kick It" qui tourne sur le sample de "Walk on the Wild Side" de Lou Reed.
L'album aura un succès critique non négligeable mais le succès public n'est pas nécessairement encore au rendez vous. L’album se classe 91 au Billboard top 200 et 23 au Billboard Top R&B/Hip-hop Albums.
Toujours en 1990, on entend la voie de Q-Tip sur le tube planétaire de Dee-lite, groupe New-Yorkais délirant. Ce titre c'est Groove Is In The Heart et Tip est en compagnie du non moins taré mais bougrement funky Bootsy Coolins.
C'est à partir de leur second album qu'ATCQ (ils ne sont plus que trois) va réellement exploser. En 1991 sort The Low End Theory qui va musicalement, culturellement, et historiquement établir officiellement un lien entre le Hip Hop et le Jazz. Bien avant ATCQ, le monde du Jazz s'était déjà penché sur la question au grand détriment des "puristes/spécialistes". Ca commence notamment avec Herbie Hancock et son imparable "Rockit" qui deviendra non seulement un tube planétaire mais en plus un classique du genre et scandalisera au passage toute la "planète Jazz". Pour ceux qui n’auraient pas capté, Quincy Jones en remet une couche en 1989 avec son album Back On The Block (1989) dans lequel le producteur/arrangeur de génie fait intervenir des gloires du Hip-Hop des années 80 comme Ice-T, Melle Mel, Big Daddy Kane, Kool Moe Dee. Attend ! c'est pas fini. Miles Davis (présent sur l'album Back On The Block justement) devenu le trublion du genre sort, juste après son décès, son dernier effort intitulé Doo-Bop. Carrément orienté Hip-Hop et produit par Easy Mo Bee (Big Daddy Kane, Notorious B.I.G.), cet album devait ouvrir la voie à Miles Davis pour d'autre collaborations du même style. Tout ça pour dire qu’A Tribe Called Quest s'inscrit, au même titre que d'autres groupes Hip-Hop des années 90 en plein dans cette nouvelle tendance/mouvance.
Et ça paye. La combinaison entre des paroles plus intelligentes que la moyenne ("conscient rap") et cette fusion unique donne à The Low and End Theory la possibilité à l'album d'être certifié platine (1 million d'album vendu) et de s'octroyer la 45ème place au Billboard Top 200 (le top US "généraliste"). ATCQ se paye même le luxe d'inviter l'immense Ron Carter contre-bassiste de Jazz ayant officié entre autre avec Herbie Hancock, Miles Davis, Wayne Shorter, Freddie Hubbard mais aussi le batteur Tony Williams sur le titre "Verses from the Abstract". Les singles extraits de cet album sont les incontournables "Check the Rhime", "Jazz (We've Got)", et "Scenario".
Bon je vous le dit tout de suite tout ceci est loin d'être exhaustif mais je ne vais pas vous passer toute la discographie de A Tribe Called Quest au peigne fin parce que sinon on y est encore demain. Sachez tout de même que le groupe sortira encore trois albums exceptionnels Midnight Marauders (1993), Beats, Rhymes and Life (1996), The Love Movement (1998) avant de se séparer au grand désespoir des fans de la première heure.

Q-Tip part en solo et sortira deux albums Amplified en 1999 et The Renaissance en 2009 et un troisième album sous le nom de Kamaal/The Abstract en 2009 avec huit ans de retard (prévu à l'origine pour une sortie le 23 octobre 2001 chez Arista) et qui a bien failli ne jamais voir le jour simplement parce qu'il pousse l'expérimentation de la fusion Jazz Hip-Hop un peu plus loin qu'avec ATCQ et que forcément c'est beaucoup moins vendeur pour une major. Q-Tip fera quelques "featurings" prestigieux sur des titres d'autres artistes : le sublime "Got 'Till It's Gone" de Janet Jackson, parfait "crossover" R&B/Hip-hop co-écrit par le regretté et génial Jay Dilla (avec qui deux membres d'ATCQ vont former un autre collectif, The Ummah) "The Greatest Romance Ever Sold" de Prince (sur un remix des Neptunes/Pharrell Williams), "Like That" des Black Eyed Peas (à l’époque où ils ne faisaient pas encore de la merde en compagnie de notre "plaie musicale internationale" j'ai nommé David Guetta), "Tomorrow" de Mark Ronson, "Enuff" de DJ Shadow, "Poetry" de Roy Hargrove, "The Frog" du brésilien Sergio Mendes et bien d'autres incluant The Roots, Rahzel, Quincy Jones, Slum Village, Stanley Clarke, Stevie Wonder.
Ali Shaheed Muhammad part aussi de son côté pour intégrer un groupe R&B composé de deux artistes issus également de groupes très connus à savoir, Dawn Robinson l'ex-chanteuse de En Vogue et Raphael Saadiq l'ex chanteur de Toni! Tone! Tone!. Ce groupe c'est Lucy Pearl. Q-Tip sera de la partie sur le titre "You" en compagnie de Snoop Dogg. Ali Shaheed Muhammad compose aussi pour Mary J. Blige (Love @ First Sight) ou Angie Stone (What You Dyin' For). Lui aussi sortira son projet solo, l'excellent Shaheedullah and Stereotypes avec les participations de Chip-Fu (des Fu-Schnickens), Sy Smith et de Stockley Williams (de Mint Condition).
Quant à Phife Dawg, tout comme Q-Tip, il se lance en solo en 2000 avec son premier album Ventilation: Da LP mais avant ça il sort un maxi avec deux titres "Bend Ova" et "Thought U Wuz Nice".

"Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest"
Tout ceci pour dire que l'existence d'un documentaire sur l'existence et la carrière énorme de ce groupe et l'influence qu'ils ont eu dans le Hip-hop est plus que largement justifiée.
Alors c'est marrant parce que Michael Rapaport est apparemment considéré aux U.S.A. comme un gros branleur et sa notoriété vient surtout de sa participation dans la série Friends pour son rôle du petit ami de Phoebe. La presse fut à priori étonnée de le voir s'atteler à un premier long-métrage et qui plus est, un documentaire et en plus sur un groupe issu de la scène Hip-hop. En gros, le truc improbable et pourtant…
Pour son premier long-métrage, l'acteur Michael Rapaport choisi donc de réaliser un documentaire. Pas évident comme choix et même si ce n'est pas sa première expérience derrière une caméra (il a déjà réalisé un épisode de la série Boston Public), rien ne laissait présager une telle réussite. Bon, en même temps, il n'y a pas de miracle, Rapaport est un fan "hardcore" d’ATCQ depuis le début, il y a mis tout son amour et ça se voit.
Autrement dit Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest parle évidemment de musique mais pas seulement. Rapaport braque sa caméra sur les hommes derrière la musique, sur leur investissement personnel, leur professionnalisme, leur honnêteté et intégrité musicale parce qu'ATCQ n'a jamais baissé son froc, ni succombé à l'appel du bling-bling comme d'autres. Leur ligne directrice n'a jamais changé d'un iota depuis leur premier album et ceci même si les critiques à leur encontre ont commencé à pointer le bout de leurs nez avec la sortie en 1996 de Beats, Rhymes and Life conçu en pleine "battle East-Coast/West-Coast".
L'acteur de True Romance commence à avoir l'idée et l'envie de raconter l'odyssée musicale et humaine de son groupe préféré qu'il considère comme "Les Beatles du Hip-hop", après une reformation d'ATCQ pour une série de concerts en 2006. Rapaport entre en contact avec les différents membres du groupe afin de leur proposer de les suivre pendant leur prochaine tournée. Tout le monde va dire oui sans exception.

La première partie du documentaire s'attarde sur la création du groupe. A travers les divers documents d'archive présentés, on se rend compte d'un conflit récurrent entre les potes d'enfance Q-Tip et Phife Dawg. Ces prises de gueule viennent manifestement du fait que la presse a décidé à l'époque de systématiquement présenter le groupe d'une manière qui ne convient pas à Phife. En effet, on pourra souvent lire "le groupe de Q-Tip" ou encore "Q-Tip et ATCQ" alors qu'à priori ce dernier n'a jamais vraiment souhaité être le leader. Quoi qu'il en soit, les prises de gueules ont été diverses et variées entre ces deux là et le pauvre Ali Shaheed Muhammad s'est systématiquement retrouvé coincé au milieu. D'autre part la maladie de Phife (il est diabétique) n'a pas non plus contribué à ce que tout se passe dans le meilleur des mondes (cf. l'interview chez David Letterman en 1992). En gros, ce qu'il ne voulait pas, comme il le précise d'ailleurs à un moment donné, c'était de devenir le "Tito Jackson" du groupe.
Rapaport va même filmer une de ces fameuses prises de tête dans ce documentaire et pendant la tournée Rock The Bells à l'occasion de laquelle le groupe s'est reformé. Les rapports sont tendus mais finalement on sent bien que l'amitié est toujours là. Mais la grande question posée de manière frontale par Rapaport, et c'est l'objet de toutes les questions des fans de la première heure, il y a t-il une chance qu'ATCQ se reforme un jour pour nous faire un nouvel album ? Ca n'est pas gagné mais l'espoir est encore permis même si les failles humaines exposée dans ce documentaire peuvent avoir tendance à faire penser l'inverse. ATCQ est bien une histoire de potes avec tout se que ça comporte de problème d'égo, loyauté et tout ce qui va avec le succès. Manifestement ils se reforment pour faire de la scène et parce que ça rapporte de l'argent mais ils ne semblent pas vouloir se réunir en studio pour nous pondre un nouvel opus. Pourtant le groupe doit encore un album au label Jive.
Les divers intervenants sur ce documentaire sont prestigieux et des pointures musicales et respectées de la scène Hip-Hop/R&B U.S.. On entendra, dans le désordre, les témoignages de Mary J. Blige, Mike D. et Adam Horovitz (des Beastie Boys), De La Soul, Mos Def, Ghostface Killah (du Wu-Tang Clan), Ludacris, Angie Martinez, Pete Rock, Ahmir-Khalib Thompson a.k.a. ?uestlove, le batteur du groupe The Roots.

En fin de compte, Q-Tip est celui qui va émettre le plus de réserves avant la sortie de ce documentaire. Il affirme ne pas être en accord total avec tout ce qui est dit ou présenté et que Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest serait sorti avec un peu de précipitation. Q-Tip souhaite que les Tribe soient producteurs sur le projet sinon il menace d'interdire la sortie du film, mais pas Rapaport car il estime qu'ils n'ont pas assez de recul avec les évènements, le contenu donnant une représentation assez intime du groupe avec tout ce que cela comporte de non-objectivité. Du point de vue de Rapaport, nous sommes dans l'émotion et il lui semble difficile de concilier implication et business. Mais TIP pète littéralement un câble lorsqu'une bande annonce "leake" sur le net. Cette bande annonce n'est pas tout à fait terminée, il s'agit d'un premier jet/test et ne reflète pas exactement le ton du long-métrage. Même le titre choisi n'est pas définitif. Mais les problèmes continuent et Q-Tip, vexé comme un pou, campe sur ses positions, celles d'éventuellement mettre des bâtons dans les roues du metteur en scène pour l'empêcher de diffuser l'œuvre.
Voici un extrait de la réponse du principal intéressé, Rapaport, vis à vis de ces déclarations : "Les différents que j'ai pu avoir avec Q-Tip, selon moi, viennent du fait que c'est un artiste et un perfectionniste qui a toujours eu le contrôle sur tout. C'était le leader des Tribe, mais c'est moi le directeur et réalisateur du film et je prends les décisions au final. Je sais qu'il a l'habitude du contraire, mais j'y ai mis beaucoup d'efforts et de travail dans ce film. C'est une lettre d'amour au groupe !"(1). Et là, on n'en doute absolument pas tant ça transpire l'admiration (saine) à ce niveau là.
Eternel insatisfait comme beaucoup d'artiste, on se rend bien compte qu'il y a du génie chez Q-Tip et que le gars est constamment en quête de perfection. Sa réaction n'est donc pas étonnante. Et c'est clair, Q-Tip est le genre d'artiste qui va passer un temps considérable à chercher un "sample", le peaufiner, le déstructurer et composer autour afin de délivrer le son qui lui convient le plus. C'est le "control freak" de base. Tant qu'il n'a pas été au bout de son délire, il n'est pas content.

Même si Michael Rapaport l'acteur à parfois tendance à focaliser sa mise en scène sur les drames se déroulant en interne (plus cinématographique ?), qu'il s'agisse de la relation conflictuelle entre Q-Tip et Phife Dawg ou sur le problème du "funky diabetic" (comme Phife Dawg aime à se nommer lui-même dans la chanson "Oh My God") et son imminente de greffe de rein, il occulte certains évènements qui ont marqué le groupe au-delà de la maladie de Phife comme, entre autre, la conversion à l'Islam de Q-Tip et Ali Shaheed Muhammad alors que Phife et Jarobi White ne suivront pas le même chemin spirituel. On ne parle pas non plus de la "bataille East Coast/West Coast" battant son plein, ni sur la sortie de leur 4ème album, Beats, Rhymes and Life, et du fait que Phife Dawg affirme que "l'alchimie" n'est plus là (alors que cet album est juste énorme). Or pas d'ATCQ sans Tip ni les deux autres membres du groupe ceci dit. Il filme tout de même une grosse prise de tête impressionnante entre Tip et Phife pendant la tournée et même si l'on ne comprend pas exactement pourquoi ces deux là se prennent le chou au point de presque en arriver aux mains, on sent bien un malaise latent. On ne saura jamais vraiment d'où est parti le problème.
Après leur séparation il semblerait que Phife Dawg soit de plus en plus passionné par son investissement personnel dans le monde du sport (du basketball notamment) plutôt que dans la musique. Tip, de son côté, est un personnage qui prend son art très au sérieux et sa façon de travailler, extrêmement méthodique et méticuleuse, est respectée par ses pairs, dont ?uestlove (The Roots) n'hésitant pas une seconde à le baptiser "le Miles Davis du Hip-hop", rien que ça.
Nous sommes bien ici en présence d'un documentaire nous racontant avant tout une histoire de potes. Tout n'est peut-être pas parfait dans ce premier film de Michael Rapaport, certains aspects ayant été éludés pour délivrer un "cut" de 98 minutes, mais la seule chose que l'on ne puisse pas lui reprocher, c'est son degré d'implication dans ce projet qu'il a lui-même financé pour une grosse partie. Le reste n'est qu'amour et respect pour les l'un des groupes les plus influent de la scène Hip-Hop U.S. dont la modernité du son est encore d'actualité. Prenez n'importe quel album d'ATCQ, repassez le aujourd'hui et là, on va pouvoir se la jouer nostalgique du temps où le Hip-Hop n'était pas encore cette énorme machine "Mainstream" mise en place par les majors à grands coups de dollars et de promotion. ATCQ est et sera toujours un exemple à suivre en termes d'intégrité musicale.

Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest a été présenté au Festival de Sundance, en janvier 2011 et les réactions ont été plus que positives. Je me répète mais encore bravo au courage de Rapaport de vouloir monter une entreprise totalement indépendante, financée en majeure partie avec sa propre carte bleue parce qu'il fallait une sacrée dose de courage pour essayer de monter un documentaire sur un groupe disparu de la scène Hip-hop depuis 1998 et qui n'a, de ce fait, aucune actualité et rien à promouvoir. Les plus jeunes qui écoutent du Rap de nos jours, ne savent peut-être même pas qui est A Tribe Called Quest et pourtant, sans leur existence, d'autres artistes tels qu'Arrested Developpement, The Roots, Slum Village, Kanye West et Pharrell Williams n'existeraient sans doute pas. Rapaport n'est pas toujours hyper clair vis-à-vis du point qu’il adopte afin de présenter le groupe mais son enthousiasme transpire à travers la pellicule.
Il faudrait être sourd pour ne pas se rendre compte de la pertinence musicale de Tribe encore aujourd'hui. Prenez n'importe quel album du groupe, repassez le et vous verrez que rien n'a vieilli. Le Hip-Hop est une des dernières formes d'Art purement américaine au même titre que le Jazz avec lequel il entretient beaucoup plus de points en commun qu'il n'y parait et à l'évidence, A Tribe Called Quest a quelque peu redéfini/bousculé la structure musicale d'un morceau Hip-hop, c'est le moins que l'on puisse dire. Leur contribution est infinie.
Bien sûr, le film plaira avant tout aux vrais fans du groupe mais si vous ne les connaissez pas encore, Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest peut s'avérer une très bonne introduction pour découvrir un groupe dont l'influence se sent encore à travers de nouveaux artistes officiants dans le monde du Hip-hop.
Le film a été présenté le Samedi 5 Novembre 2011 au Forum des Images à Paris mais l'on désespère encore de savoir qui aura bien l'obligeance de nous sortir ça en blu-ray chez nous. Si ce miracle devait se produire un jour, je ne saurais trop vous encourager à vous jeter dessus immédiatement. En attendant ce jour béni, je vous conseille vivement de jeter une oreille plus qu'attentive à la musique d'A Tribe Called Quest car plus que jamais, ils sont uniques et le resteront à jamais.
(1) source : canalstreet.tv
Pour fêter dignement cet évènement, je vous ai concocté une petite sélection musicale sur Spotify afin de découvrir A tribe Called Quest par le biais de leur musique.
Attendez, ce n'est pas encore terminé. En cliquant sur ce lien, vous trouverez également sur notre blog, quelques clips du groupe histoire de mettre des noms sur des visages. ENJOY !!!!!
ATTENTION Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest est un blu-ray région A.
Le documentaire Beats, Rhymes, & Life: The Travels of a Tribe Called Quest nous est proposé par Sony Pictures Home Entertainment et il faut reconnaître qu'ils ont fait du beau boulot. Entre image d'archives à la définition variable et autres images de concert émanant de la tournée Rock The Bells en 2008, c'est très réussi mais ce blu-ray n'est pas fait nécessairement une "démo image". Toutefois, les couleurs sont très belles, de beaux détails seront visibles lors de certains passages et les contrastes bien gérés. Surement pas la galette bleue de l'année mais une vraie réussite malgré ses limites.


Là on entre dans le vif du sujet, c'est à dire la musique. Alors attention, ce n'est pas un concert filmé d'A Tribe Called Quest mais un documentaire. Les passages musicaux (cf. l'intro par exemple) bénéficient de belles envolées sur tous les canaux sans exception (votre caisson de basse va adorer) mais encore une fois, pas de quoi faire une démo son. Les interventions des divers protagonistes sont très intelligibles dans l'ensemble et les passages à "ambiance" (concerts) ont leur moment de gloire. Et puis quand débute le générique et que retentit la basse de "Can I Kick It", frissons garantis. Des sous titres en français sont disponibles.


Pas mal de bonus et tous hyper intéressants sans exception et ce n'est pas tous les jours que cela arrive. Le seul problème majeur, c'est qu'ici, rien n'est sous-titré, même pas en Anglais. Du coup, pas facile de tout suivre correctement. Que vous soyez fans ou non d'A Tribe Called Quest, les suppléments de ce disques sont à regarder absolument. Tous les modules deviennent tous des prolongations évidentes au documentaire. Autrement dit, vous pouvez y aller franco et tout vous goinfrer généreusement sans modération.
* Commentaire Audio - Michael Rapaport nous parle de son "bébé" avec passion. Ca fait plaisir d'entendre des commentaires audio comme celui-ci. Le mec est intarissable et bavard mais toujours passionnant.
* Mike's Journey (18mins52, HD) - Fonctionne parfaitement en complément du commentaire audio puisque Rapaport revient sur la fabrication de son film et prend un peu de temps pour nous parler de son projet.
* Bringing Beats to Life (10mins20, HD) - Michael Rapaport est en compagnie des animateurs James Blagden et Philip Niemeyer pour nous présenter le sublime générique animé du début du film.
* On the Red Carpet at the Los Angeles Film Festival Premiere (5mins12, HD) - Comme son nom l'indique, ce supplément a été filmé pendant la première et présentation du documentaire Michael Rapaport au Los Angeles Film Festival. Jarobi White, Ali Shaheed Muhammad, Phife Dawg (mais pas Q-Tip), le réalisateur de Boyz N the Hood John Singleton, David Banner, Taraji P. Henson et l'actrice Juliette Lewis répondent aux interviews.
* Deleted Scenes (25mins06, HD) -
- A Message from the Zulu Nation Featuring Mike G. of Jungle Brothers.
- Group Dynamics.
- More Music.
- The Beastie Boys on Native Tongues.
- Ludacris on A Tribe Called Quest.
- Pharrell on A Tribe Called Quest.
* Extended Scenes (56mins56, HD) -
- Afro-Centric.
- De La Soul, Phife & Jarobi Meet.
- Jungle Brothers/Red Alert.
- Breakup.
- 80's Fashion & Murray Bergtraum.
- Native Tongues.
- Listening to the Radio.
* Theatrical Trailer (2mins22, HD).
* Bande Annonces films Sony.
* BD-Live.


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