8 1/2 - Le test blu-ray

Publié le 2011-05-16 11:33:06 par Remy
Pochette du film 8 1/2
  • Note HD Avis 8.5/10
  • Note Vidéo 9/10
  • Note Audio 9/10
  • Note Bonus 7.5/10
  • Acheter le blu-ray 8 1/2 sur :

Autant vous l'avouer tout de suite, je ne connais que très peu le cinéma de Fellini, voire carrément pas du tout. Je connais la renommée du réalisateur, l'aura qu'il a pu avoir dans le septième art et légèrement l'univers dans lequel il évolue, juste que je n'avais jamais constaté tout cela par moi-même en visionnant l'un de ses travaux.
Et puis tant que l'on est dans les confidences, ce n'est pas franchement ma came cinématographique. Pour moi Fellini représentait un cinéma de grand-père, du genre naphtaliné et pas franchement intéressant. A la limite ça me semblait être un pur objet élitiste, un truc un peu pompeux, chiant pour parler clairement.

Enfin tout ça, c'était avant de voir 8 ½. Comme le dit si bien l'adage, seuls les abrutis ne changent pas d'avis et dans l'envie de découvrir ce qui faisait la renommé du réalisateur, autant le faire avec ce qu'il semble être l'une de ses plus belles réussites, entre autres bien évidemment.
Tout ceci pour dire qu'il n'est pas la peine d'attendre une véritable chronique pour ce film, j'essaierai de vous offrir mon humble point de vue et, pourquoi pas, de vous donner envie de tenter le coup.



Qu'est-ce que nous raconte 8 ½ ? Pour faire simple, disons qu'il s'agit là d'un film nous montrant un homme voyageant dans ses propres pensées et souvenirs.
Oui, résumer 8 ½ n'est pas chose aisée tant le film ne suit pas un schéma linéaire habituel. Pas de situation qui dépare, pas d'aventures qui débutent ni de personnages qui se découvrent un destin hors du commun. Rien de tout cela. Juste un début et une fin mais qui ne s'insèrent pas vraiment dans quelque chose de réellement cohérent. Enfin c'est ce qui ressort de prime abord.
Je sais très bien que j'ai perdu plusieurs d'entre vous, je me doute que ce n'est vraiment pas le genre de détails qui donne envie de se donner la peine d'aller plus loin, ça, je le comprends très bien.
Néanmoins, le film n'a rien d'austère puisqu'il va se révéler particulièrement intelligent et aussi, véritablement moderne dans la façon de nous proposer les pérégrinations du personnage principal.

Ce personnage que l'on va suivre tout au long du film se prénomme Guido. Et Guido a des soucis. En effet, il doit réaliser un film, de S-F plus particulièrement et la pression de la part de nombreuses personnes est tellement forte qu'il va craquer et littéralement s'envoler, vers ses pensées.
Les « aventures » de Guido vont donc nous être montrées comme s'il était en train de rêver mais tout ce dont on sera témoin sera bien réel. Enfin ça, ça sera selon le ressenti de chacun.
Est-ce un vrai rêve au sens propre du terme ou est-ce que l'on nous fait croire à un rêve ?
Au vu de ce qu'il se passe pendant plus de deux heures de long-métrage, on serait tenté de pencher pour la première solution mais certaines séquences (notamment celles des souvenirs) viendront donner quelques cartouches à la seconde. Rien qu'avec ce mélange rêve / réalité, on s'aperçoit de l'intelligence du récit.



Du moins une partie, puisque 8 ½ ne se résume pas simplement à ces questionnements. On constatera que le point de vue du récit place le spectateur en tant que témoin privilégié des rêveries de Guido, comme je l'ai déjà dit, mais pas seulement puisqu'on pourrait aussi penser qu'à certains moments le spectateur devient Guido. L'empathie fonctionnera à plein régime et l'on sera à même de se demander quels choix on aurait fait, avoir un vrai avis sur ce qu'est en train de faire le réalisateur. On se met donc à sa place et de simple spectateur on passe donc à l'acteur. D'ailleurs, la thématique cinématographique n'est pas anodine. On est en présence totale d'un film dans le film. Les délires de Guido nous emmènent sur le tournage de son film comme si la finalité de Fellini était de nous faire comprendre que 8 ½ n'est peut-être pas le film que l'on est en train de voir mais celui qui doit être réalisé par Guido.
Je m'explique. En fait, plus le film avance et plus on va s'apercevoir que Guido est en train d'essayer de tourner son propre film mais certaines séquences font qu'on a la sensation d'être devant un véritable making-of. Ces scènes nous montrent l'envers du décor du film qu'est normalement en train de produire Guido mais qui nous dit qu'il ne s'agit pas du tournage de 8 ½ lui-même. Vous voyez un peu le sens de nous placer dans le récit ? Comme je le disais tout à l'heure, rêves et réalité se confondent, on ne sait pas si on est en train de voir le film ou ce qu'il s'est passé derrière les caméras. Sentiment très déroutant mais ô combien grisant. Un véritable film dans le film donc, et bien plus encore.



Comment ne pas apercevoir la théâtralité de l'ensemble ? Certains effets de lumières ou de cadrages rappellent la mise en scène que l'on joue sur planches. Mais encore, certaines images pouvant faire penser à des tableaux vivants, ou encore la musique qui sera omniprésente de par certains grands classiques de Wagner ou Rossellini mais surtout grâce au sublime thème de Nino Rota, sans compter certaines postures rappelant la BD (l'un des personnages en lira d'ailleurs une à un moment donné), bref, Fellini use et abuse de toutes ses connaissances dans le monde de l'art, il ne borne/limite pas à un simple cadre cinématographique, il en explose carrément les frontières.

Le film brouille les pistes entre rêves et réalité et acteur/spectateur mais c'est aussi une véritable psychanalyse pour Fellini du moins, pour le métier de réalisateur et c'est via Guido que le réalisateur nous expliquera les difficultés de son métier.
Producteur qui met une pression pas possible, les critiques plus ou moins assassines, l'intellectualisation du monde du septième art, délai de production, conditions de travail, motivation, casting, doute ... et on pourrait continuer comme cela longtemps. Fellini nous expose les problèmes qu'un film peut poser et la même occasion, qu'en produire un ce n'est pas vraiment à la portée de tout le monde (un peu moins vrai de nos jours cela dit). 8 ½ aurait pu avoir pour titre "Fiche métier du réalisateur".
Mais toutes ces composantes s'enchaînent naturellement, sans lourdeurs ou facilités.
Faut dire aussi que les acteurs choisis pour incarner ces personnages n'ont rien de premiers venus.



En disant ça je pense pertinemment à Marcello Mastroianni. Il incarne Guido et autant vous dire qu'on tient là l'un des acteurs les plus classes au monde. L'acteur fétiche de Fellini (ils collaboreront de nombreuses fois ensemble), pourrait être vu comme la personnification de Fellini lui-même. Comme quoi, même dans le choix des acteurs et des personnages qu'ils incarnent, il y a une symbolique. Bref Guido, tout comme Marcello Mastroianni (et inversement), respire la classe, la séduction et on est irrémédiablement attiré par le charisme de l'acteur et du coup, du personnage.

Au vu de l'aspect du film, le nombre d'acteurs est plutôt conséquent. On pourra donc retrouver Anouk Aimée qui incarnera la femme de Guido. Claudia Cardinale incarnera celle que Guido appellera la femme idéale. Quand on voit l'actrice on ne peut qu'être d'accord avec lui. Sandra Milo, quant à elle, sera la maîtresse de Guido, une femme de poigne qui semble savoir ce qu'elle veut. On pourra également compter sur la très ténébreuse Barbara Steele que certains d'entre nous connaissent puisqu'on la retrouve aussi bien chez Mario Bava, Joe Dante ou encore chez Cronenberg. On ne la voit pas souvent dans le film de Fellini mais comme d'habitude, elle dégage quelque chose. Bien évidemment ce n'est pas un casting presque féminin, on retrouve également des représentants de la gente masculine comme Maro Pisu ou Jean Rougeul.



Pour son neuvième film, Federico Fellini signe un film étrange. De nos jours, on qualifierait ce genre de films de véritables trip ou plus précisément d'OVNI. Le langage change mais les sensations sont les mêmes. 8 ½, a connu une adaptation en comédie musicale à Broadway que vous connaissez peut-être puisqu'elle s'apelle Nine et a été adaptée au cinéma il n'y a pas si longtemps par Rob Marshall et avec, entre autres, Daniel Day Lewis.
Conseiller 8 ½ n'est pas franchement évident en tout cas, ceux qui franchiront le pas, participeront à un voyage onirique où les frontières sont explosées pour mieux nous perdre mais ce genre de films n'est clairement pas fait pour plaire au plus grand nombre, c'est soit on y adhère soit on le rejette en bloc. Pas vraiment de juste milieu mais ça, vous le découvrirez en vous lançant dans l'aventure 8 ½.

Le noir et blanc est souvent exacerbé en haute-définition, c'est une fois de plus, encore le cas avec 8 ½. D'autant plus que le boulot de Gaumont est de très bonne tenue également.

La copie est nettoyée et très peu de défauts subsistent (quelques petits virgules noires mais rien de vraiment gênant ni de honteux), on est donc en présence d'une très belle copie et qui, semble-t-il, n'a pas bénéficié de traitement numérique imposant.

Une image très intéressante, qui ne montre absolument pas que le film accuse près de 50 ans.

Une édition Blu-Ray Criterion existe également mais ne l'ayant pas sous la main, une comparaison n'a pas été possible. Néanmoins, sur DVDBeaver on peut voir que le Blu-Ray américain semble un peu moins lumineux au niveau des blancs mais d'un autre côté il semble bénéficier d'un format différent (légèrement zoomé).



VO comme VF bénéficient du même traitement audio : DTS HD MA 1.0.

La piste semble avoir été nettoyée de divers parasites, en gros pas de souffle, de craquements ou autres joyeusetés. C'est très clair et plutôt limpide.
Les dialogues sont clairement audibles et la musique de Nino Rota est plutôt puissante et bien rendue.

Fatalement, au vu de la limitation technique ne vous attendez pas à ce que ça soit une piste tonitruante et blindée de détails sonores. Ce n'est absolument pas le film fait pour ça de toutes façons.

Artistiquement la VF est plutôt intéressante et bénéficie d'un sérieux que l'on ne retrouve plus de nos jours, enfin du moins, de plus en plus rarement.



C'est de ce côté-ci que les afficionados de l'import pourraient trouver à hésiter avec le Criterion. En effet, l'édition américaine dispose de nombreux bonus dont un long module sur la fin alternative. Malgré tout, Gaumont nous propose des bonus très intéressants et permettant de comprendre un peu mieux le cinéma du maître italien.


  • Commentaire audio de Jean-Max Méjéan : Le biographe de Fellini nous commente le film en nous donnant quelques clés pour la compréhension. Très intéressant, c'est le genre de commentaire à ne rater sous aucun prétexte, surtout si vous êtes désireux d'en savoir un peu plus.

 

  • Autour de 8 1/2 (HD, 35 mins) : Ici c'est Darius Kondhji, le directeur photo de Se7en ou Delicatessen, qui va nous donner son point de vue sur le film de Fellini et la façon dont il l'a découvert.

 

  • Au royaume d'un clown !(HD, 14 mins)

 

  • Fellini, un charmeur de serpents (HD, 15 mins) : Lina Wertmuller, l'assistante réalisateur de Fellini sur 8 ½, nous parle du réalisateur et de sa façon de travailler.




  • Acheter le blu-ray 8 1/2 sur :
Partager

Commentaires

16/05/2011 11:43
Faudra que j'essaye de le voir, histoire de me faire ma propre opinion  

16/05/2011 20:55
Donner une note de 8,5 à "8 et demi", il fallait oser.
Je ne l'ai jamais vu mais je l'ai commandé. J'attends mon BD avec impatience, surtout après avoir lu l'article. Encore une magnifique édition offerte par l'équipe Gaumont. Le problème avec eux, c'est qu'ils font un travail tellement exemplaire qu'on a envie d'acheter tous les titres qu'ils sortent.

17/05/2011 12:25
Suis une vraie burne en cinéma Italien, j'ai des lacunes impressionnantes à ce niveau là mais je suis prêt à les combler dès que possible. De ce fait, ta chronique me donne bien envie de regarder ce 8 et demi dont j'ai tellement entendu parlé depuis des années :)) merci

19/05/2011 15:20
c'est un très beau film sur le cinéma ses travers et ses vanités mais c'est aussi un beau film sur le monde onirique du créateur, Fellini.il faut se laisser aller pas essayer de chercher un fil conducteur ou une histoire construite.j'ai l'édition criterion mais je serais bien tenté par celle là aussi.